L'édito de Patrick Apel-Muller
Vous avez dit
rupture…
La collision de certaines images agit comme un révélateur. De Paris à Marseille, de Lisieux au Creusot, des foules immenses ont défilé pour refuser que le Medef et le pouvoir facturent la
crise aux salariés et pour exiger que l’emploi soit défendu, les salaires augmentés et les services publics confortés. A Bruxelles, Nicolas Sarkozy s’était réfugié parmi ses pairs, lors
d’un Conseil européen consacré à une relance que personne ne voit. Les libéraux qui – dans un délicat nuancier - gouvernent notre continent, déversent sans trêve des fortunes dans le puits
sans fonds des marchés financiers et des multinationales sans que la situation des peuples s’améliore. Au Palais-Bourbon, la scène était cocasse. Les hommes du président mobilisaient chaque
député de droite pour faire échec à un amendement… cosigné d’un UMP et d’un Nouveau Centre ! Les sieurs Méhaignerie et Courson sont pourtant des libéraux avec pédigrée et fait d’armes.
Mais l’orage social qui gronde les poussaient à écorner le bouclier fiscal, privilège trop scandaleux accordé à la minuscule caste des très très riches.
Pas question, a tonné l’Elysée, qui a fait repousser également un amendement communiste visant à restaurer une plus grande progressivité de l’impôt sur le revenu, en créant huit tranches. Les dispositions de complaisance à l’égard des grandes fortunes paraissent en effet comme une marque de fabrique, la signature au bas d’un contrat passé avec les oligarques français. Enlever ces moellons serait mettre à bas ce mur d’argent qui est dressé face à toutes les revendications populaires. « Tenir » est l’ordre du jour des Etats-majors de la droite, quand déjà le front se fissure et que des stratèges rêvent de retraite en bon ordre. Alain Juppé qui sait ce qu’il coûte de rester planté « droit dans ses bottes » appelle cependant à ne « pas prendre de haut » cette nouvelle journée de grève et de manifestation. Il alerte sur « l’opinion publique » et estime qu’il faudrait « se remettre autour de la table ».
C’est la raison. Le printemps s’ouvre dans un climat de colère populaire que l’intransigeance du pouvoir ne
ferait qu’aviver. Cette dernière – tellement calquée sur les consignes du Medef ! – fait tomber à sa suite toutes les illusions qui survivaient encore deux ans après la campagne
présidentielle. C’est contre la France qui se lève tôt, les ouvriers de Continental, de Sandouville ou de Gandrange, contre le principe-même de dialogue social que Nicolas Sarkozy dresse
ses plans. Cela se voit et la facture politique en sera lourde. Les syndicats, forts des 3 millions de manifestants dans les rues hier, continueront « à se mobiliser » si la porte
reste fermée, ont annoncé hier, chacun à sa manière, Bernard Thibault et François Chérèque.
Le gouvernement, avant de choisir l’épreuve de force, ferait de réfléchir qu’elle n’a de sens que lorsqu’on est le plus fort…
L’est-il encore aujourd’hui ?
Patrick Apel-Muller
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