Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Politique - Article paru le 17 mars 2009 dans l'Humanité

 

Sarkozy veut une France au garde-à-vous !

Vassalisation . Un débat biaisé a lieu aujourd’hui à l’Assemblée nationale pour avaliser le retour dans le commandement intégré de l’OTAN. Une rupture lourde de dangers.


Le monde d’aujourd’hui est dangereux ! Cette proclamation pourrait servir de devise à Nicolas Sarkozy et aux autres dirigeants occidentaux tant elle est répétée jusque par-delà la satiété. Il y aurait ainsi, d’un côté le monde de la « démocratie » et du « libre-échange » et, de l’autre, l’univers menaçant du chaos, du « terrorisme », de l’insécurité, du « non-droit » et de la haine.


Le maintien d’un ordre planétaire injuste


C’est cette nouvelle mouture du mythe d’un monde bipolaire qui préside fondamentalement à l’argumentaire du maintien de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de sa mutation, dont Washington, avec la participation de Londres, Berlin et Paris, voudrait faire une sorte de milice planétaire chargée de « maintenir l’ordre » d’un capitalisme en crise. Le 11 mars dernier, encore, dans son discours de clôture d’un « Colloque sur la France, la défense européenne et l’OTAN », le président français a affirmé que « notre réflexion stratégique ne peut pas rester figée dans un monde où les conditions de notre sécurité ont radicalement changé. (…) Les compétitions pour l’accès à l’eau, à l’énergie, aux matières premières, la dégradation de l’environnement, les pandémies, les migrations non maîtrisées sont lourdes de conséquences pour notre sécurité ». Autrement dit, il s’agit non seulement de renforcer la forteresse mais aussi de s’assurer du contrôle du reste du monde. Car, affirmait encore Nicolas Sarkozy, « la défense de la France se joue désormais tout autant sur notre territoire qu’à des milliers de kilomètres, dans l’espace, ou sur les réseaux informatiques ».


La soumission à l’OTAN serait naturelle et automatique


Pour le président français, « la rénovation de nos relations avec l’OTAN n’est pas une question isolée. Elle est un élément, parmi d’autres, d’une politique étrangère et européenne, et d’une politique de défense et de sécurité. (…) Car, vous avez bien compris que ce processus de rapprochement avec l’OTAN n’est qu’une pierre dans un processus plus vaste qui vise à conforter et à développer l’indépendance de la nation ».

Partant de là, le retour de la France dans le commandement intégré ne serait qu’une formalité par-mi d’autres, l’aboutissement d’un long processus puisque « depuis 1966, la France s’est rapprochée de l’OTAN par étapes, le plus souvent sans le dire ». Et de rappeler notamment qu’« à la fin des années 1980 », avec François Mitterrand, « alors que la guerre froide allait prendre fin, nous avions atteint un niveau sans précédent de cohérence avec le dispositif de l’OTAN en Europe (…), nous sommes allés avec l’OTAN en Bosnie puis au Kosovo, après, avec l’OTAN, avoir fait plier la Serbie de Milosevic (faut-il rappeler que l’intervention au Kosovo et le bombardement de la Serbie étaient illégaux au regard de l’ONU ? - NDLR) et enfin avec l’OTAN nous nous sommes rendus en Afghanistan ». Et d’ajouter qu’à partir de 2002 la France participe à la force de réaction rapide et qu’en 2004, « rompant avec le tabou de 1966, nous avons commencé à insérer des militaires français dans la structure intégrée. (…) Et nous avons déjà trois états-majors français, à Lille, à Lyon, à Toulon, certifiés pour les opérations alliées ». Dans ce même contexte il a glorifié le traité de Lisbonne qui préconise en son article 28A : « La politique de l’Union européenne (…) respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres (soit 21 États sur 27 - NDLR) qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’OTAN et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre. »


Projet pour un système sécuritaire tous azimuts au prix de la liberté…


La réintégration de notre pays dans l’OTAN participe d’un processus global, tant sur le plan national que mondialement. Il y a une concomitance avec la réforme du système de défense français, restructuré dans un double objectif : en faire un instrument de contrôle de la population française - facilité par la fusion de la police nationale avec la gendarmerie, et le regroupement de la DST et des renseignements généraux - et un moyen d’intervention planétaire dans l’OTAN sous la haute direction du Pentagone. Le commandement français est littéralement « pillé » au profit de l’alliance militaire puisqu’aussi bien plus de 900 officiers et sous-officiers seraient affectés directement au commandement intégré. Un processus théorisé par le livre blanc français de la Défense nationale, publié en juin dernier qui indique que la future configuration du système militaire français serait composé d’une « force opérationnelle terrestre de 88 000 hommes, autorisant une projection à distance de 30 000 hommes, (…) un dispositif d’alerte permanent de 5 000 hommes et une capacité mobilisable sur le territoire national, en appui avec les autorités civiles de 10 000 hommes en cas de crise majeure ». À cela s’ajoutent un groupe aéronaval avec son porte-avions, dix-huit frégates ainsi que « six sous-marins nucléaires d’attaque » et un « parc unique de 300 avions de combat ». Autrement dit, outre le contrôle éventuel de mouvements populaires considérés comme dangereux, notre pays met à disposition de l’OTAN, outre sa force de « dissuasion » et sa « spécialité » issue des guerres coloniales, c’est-à-dire des forces de « pacification », comme celles qui sévissent actuellement en Afghanistan.


… et de l’indépendance nationale au profit de l’hyperpuissance


« Moi, je ne ferai jamais rien qui mette en cause l’indépendance de mon pays. Jamais ! Mais l’alliance avec les États-Unis et l’alliance avec l’Europe ne mettent pas en cause l’indépendance de mon pays, elles renforcent l’indépendance de mon pays », avait prétendu Nicolas Sarkozy le 7 février dernier à Munich, lors de la conférence de l’OTAN sur la sécurité. Et, a-t-il cru pouvoir dire, c’est en participant pleinement à l’OTAN que Paris pourrait agir sur ses choix et ses décisions stratégiques. Il s’agit d’une illusion. Dans sa lettre adressée le 20 janvier dernier au secrétariat général et « aux membres du conseil de l’Atlantique Nord », Barack Obama affirme que « les États-Unis entendent continuer à jouer le rôle qui leur revient dans le renforcement de notre sécurité commune » après avoir indiqué vouloir « respecter la contribution de chaque État ». Ce qui en clair est un rappel de l’omnipotence de l’hégémonie états-unienne. Il suffit d’ailleurs de rappeler quelques chiffres pour avoir une vision réelle du rapport des forces : le budget militaire US représente actuellement plus de 50 % de la totalité des dépenses militaires dans le monde, soit plus de 700 milliards de dollars en 2008 sans compter le coût des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Les États-Unis possèdent un réseau mondial d’au moins 725 bases dans plus de 130 pays sur les cinq continents. Le budget militaire français s’élève à un peu plus de 30 milliards d’euros (un chiffre d’ailleurs déjà largement trop élevé). Les États-Unis participent pour 26 % (environ 500 millions de dollars) aux dépenses de l’OTAN. La France vient en 5e position avec 8 % (environ 150 millions de dollars) (1).


Une doctrine obsolète et sans issue


En réalité, en se soumettant au système de l’OTAN, notre pays perd sa capacité de décision indépendante en s’intégrant dans une stratégie largement décrite et vantée par cinq anciens chefs d’état-major occidentaux dans un manifeste intitulé « Vers une grande stratégie pour un monde incertain », rendu public à Washington le 10 janvier 2008 (2). Préconisant « l’utilisation en premier d’armes nucléaires » en violation de la charte des Nations unies qui bannit notamment la guerre préventive, ce document appelle à la constitution d’un « directoire » à trois pôles. Cette trinité qui partage « des buts, des valeurs et des intérêts communs » serait composée des États-Unis, une alliance militaire dominée par Washington, l’OTAN « rénovée » - expression de la « double influence effective » des USA - et l’Union européenne élargie. L’objectif final à atteindre serait le remplacement du « concept binaire d’une Europe en coopération avec les États-Unis » au profit d’une « alliance de démocraties allant de la Finlande à l’Alaska ».

« Je n’ai pas peur de dire que nos alliés et nos amis, c’est d’abord la famille occidentale », a, pour sa part, proclamé Nicolas Sarkozy mercredi dernier. Une vision rétrograde et sans issue, sinon la guerre de tous contre tous, du monde tel qu’il est. Au contraire notre pays s’honorerait en agissant à la transformation du monde en une communauté humaine dont les différentes composantes vivraient ensemble en paix, dans une coopération profitable à tous par une juste répartition des richesses, des mesures de confiance mutuelle fondées sur le désarmement nucléaire, mais aussi l’élimination des armes « classiques », et l’échange des savoirs et des connaissances. Le démantèlement de l’OTAN sera un premier pas que salueraient les peuples du monde.


(1) Chiffres 2007-2008 publiés dans l’Atlas du Monde diplomatique « Un monde à l’envers », 2009, 14 euros.

(2) Les auteurs en sont le général américain John Shalikashvili, ex-chef d’état-major US sous Bill Clinton et ex-commandant en chef de l’OTAN en Europe, le maréchal britannique Lord Peter Inge, le général allemand Klaus Naumann, ancien président du comité militaire de l’OTAN, le général néerlandais Henk van den Breemen et l’amiral français Jacques Lanxade, ex-chef d’état-major (avril 1991-septembre 1995) sous François Mitterrand.

Michel Muller

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :