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Société - Article paru le 14 mars 2009 dans l'Humanité

Exploiteurs condamnés : une première pour des travailleurs sans papiers !

Justice . Les gérants de Sanir-PLMT étaient poursuivis au pénal, une première depuis le début du mouvement des travailleurs sans papiers.

C’est une première depuis le début du mouvement des travailleurs sans papiers, en avril dernier : jeudi comparaissaient devant la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Bobigny Roger et Charly Kakou, gérants de Sanir-PLMT, poursuivis, entre autres, pour emploi d’un étranger non muni d’une autorisation de travail.

Face à eux, treize anciens salariés se sont constitués partie civile et réclament chacun 10 000 euros de dommages et intérêts. Pendant plusieurs mois, ces Maliens sans papiers ont occupé leur entreprise de terrassement et démolition à Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pour exiger leur régularisation et protester contre leurs conditions de travail. Ils racontaient alors (lire notre édition du 30 juillet 2008) manipuler l’amiante à mains nues, travailler dix heures par jour sans paiement des heures supplémentaires, ni vacances. Zola au XXIe siècle…

Dans le rôle du patron-voyou, Roger Kakou se pose là. À soixante-dix-sept ans, cet homme trapu et ventripotent a un casier judiciaire qui en dit long : neuf condamnations pour non-respect des règles de sécurité ou travail clandestin. Ses multiples sociétés ne dépassaient jamais les neuf salariés. « À partir de dix, la représentation syndicale est obligatoire, je voulais pas être embêté », explique le gérant, qui pouvait ainsi multiplier les CDD en passant ses salariés d’une société à l’autre.

Devant la cour, Roger Kakou tente d’endosser l’habit du patron sauveur de ceux qu’il appelle, avec un paternalisme dégoulinant, ses « garçons ». Il employait des salariés sans papiers ? « Humainement, je ne pouvais pas rompre leur contrat. » Mais en profitait pour leur louer une fortune des studios insalubres en prélevant directement le loyer sur les salaires ? « Ça leur rendait service. » Les lettres de licenciement non datées signées par les salariés ? Rien de bien méchant. Pour son avocat, ce « brave homme » a permis à « quatorze personnes de sortir de la clandestinité »…

L’histoire racontée par la partie civile est tout autre. Pour Me Gayat, « Roger Kakou a maintenu ces hommes dans un état de clandestinité sans qu’ils n’aient droit ni à la sécurité sociale ni à l’assurance vieillesse. » Un préjudice qui n’aura finalement pas été reconnu par la cour, qui a octroyé aux parties civiles seulement 40 euros de frais de justice par salarié. Les Kakou, eux, ont été condamnés, pour le fils, à trois mois avec sursis et une amende de 3 000 euros et, pour le père, à seize mois d’emprisonnement avec une période de mise à l’épreuve de dix-huit mois. La procureure avait pourtant requis de la prison ferme, dénonçant un « vrai mode de fonctionnement ».

À la sortie du tribunal, salve d’applaudissements pour les anciens grévistes sans papiers. Déçus de n’avoir pas été reconnus victimes d’un préjudice, ils réfléchissent déjà aux prud’hommes.


Marie Barbier

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Tag(s) : #Société
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