1966 : PCF et SFIO divisés sur le retrait de l’OTAN !
Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, le gouvernement verra sa responsabilité engagée pour la deuxième fois sur la participation de la France à l’OTAN, après l’échec de la motion de censure du PS, le 8 avril 2008, en refus de la réintégration au commandement militaire de l’alliance. Mais quarante-deux ans auparavant, les 19 et 20 avril 1966, la décision du général de Gaulle de quitter ce commandement avait déjà suscité une telle motion. Avec une distribution à front renversé des acteurs, les socialistes de l’époque, aidés de quelques démocrates-chrétiens, ainsi que de François Mitterrand et de ses proches, dénoncent, par la voix de Guy Mollet, la politique « cocardière » et « de la chaise vide » du gouvernement gaulliste face à la menace soviétique.
Divisant l’opposition socialiste et communiste, la motion échoue à renverser le gouvernement de Georges Pompidou, obtenant le plus faible score de l’histoire : 137 voix au lieu des 242 requises. La SFIO et ses alliés votent pour, l’UNR (gaulliste) refuse de la voter, tout comme le PCF, mais pour des raisons différentes. Jacques Duclos s’en explique le 10 mars 1966 dans l’Humanité, en parlant d’une « démarche justifiée mais insuffisante » du pouvoir gaulliste, puisqu’elle ne remet pas en cause le traité lui-même. « Bien entendu, notre opposition a un caractère fondamentalement différent de celle du pouvoir gaulliste, rappelle de son côté l’éditorialiste Yves Moreau, dans l’Humanité de la veille. Dès sa création, nous avons, pour notre part, dénoncé le bloc atlantique comme une nouvelle Sainte Alliance réactionnaire, dangereuse pour la paix, néfaste pour notre pays », mais « quelles que soient les raisons qui ont inspiré la démarche du général de Gaulle, nous l’approuvons puisqu’elle va dans le sens de la coexistence ».
Le 2 avril, Étienne Fajon précise dans l’Humanité que, sans remettre en cause « l’action commune » avec le
Parti socialiste, la « motion de censure qui vise le seul aspect positif de la politique gaulliste » ne « saurait avoir » le soutien du PCF. « Le pouvoir gaulliste est
inspiré, certes, par d’autres mobiles », dictés par « le rapport des forces internationales et le développement des contradictions internes du monde capitaliste, dit-il. Elles n’en
sont pas moins, en fait, un pas dans la direction que nous avons proposée bien avant de Gaulle. Qu’on ne compte pas sur nous pour les condamner ».
Sébastien Crépel
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