
vendredi 13 mars 2009 / "le Patriote"
Triste provocation : le groupe Total, 14 milliards d’euros de bénéfices en 2008 envisage quelques 200 à 300 suppressions de postes dans ses activités de raffinage. Sans compter quelques 216 emplois dans sa filiale Hutchinson. Triste réalité dans une France qui aura compté quelques 90.000 chômeurs supplémentaires en janvier 2009.
Au-delà de cet exemple, il convient de revenir au fond sur les évolutions de la population active et du chômage, la
responsabilité des choix de gestion des entreprises et du pouvoir dans la montée du chômage et l’urgence d’une autre approche de la question de l’emploi.
Population active et retraite
En France la population active continue d’augmenter, avec 27,8 millions de personnes en 2007 soit 800.000 de plus que quatre ans auparavant en 2003. Toutefois, cette augmentation se
ralentit : elle avait par exemple été de 1.100.000 personnes entre 1997 et 2001. Ce ralentissement est principalement du à l’augmentation du nombre de départ en retraite. De 500.000
départs en retraite par an au début des années 2000, ces départs en retraite concernent entre 750.000 et 800.000 personnes pour chacune des années 2007 et 2008. Les générations du « baby
boom » d’après guerre arrivant à l’age de la retraite. Il devrait donc être bien plus aisé de faire reculer le chômage, ou du moins de le contenir. Ainsi on estime qu’au début des années
2000, il fallait de l’ordre de 350.000 créations nettes d’emplois par an pour faire reculer le chômage. Alors qu’aujourd’hui une création de l’ordre de 150.000 le permettrait. C’est pourtant à
une explosion du chômage à laquelle nous assistons.
Chômage et sous emploi
Si le nombre de personnes inscrites au Pôle emploi en catégorie 1 (en recherche d’un CDI à temps plein et ayant travailler moins d’un mi temps dans le mois précédent) atteint 2.204.000
personnes en janvier 2009, le total des inscrits, toutes catégories confondues, atteint lui 3.327.200. Illustrant notamment le nombre de personne à temps partiel non choisi et à la recherche
d’un emploi durable et à temps plein. Dans d’autres études, l’INSEE montre que plus de 1,4 millions de salariés sont en « sous emploi » subi, dont 76% de femmes. De même ces
statistiques ne prennent évidement pas en compte les salariés mis en « chômage technique » par leurs employeurs. De même elles prennent mal en compte les personnes en stage de
formation ou en « emploi aidé » précaires. Au total et selon différentes études, dont celles de la revue Alternatives Economiques, le chômage et le sous emploi touchent au final de
l’ordre de 5 à 6 millions de personnes en France. Une précarité accrue Une comparaison illustre bien cette précarité accrue. En 1990 il y avait 290.000 salariés travaillant en
« intérim », le travail temporaire. En 2007, ce travail temporaire aura concerné 700.000 personnes. Et ces intérimaires sont les premières victimes de la crise : ainsi depuis
l’automne 2008 plus de 100.000 emplois intérimaires ont été supprimés en France. Précaires aussi, les 2.100.000 personnes en Contrats à Durée Déterminée. Cette précarité, qui est loin d’être
inconnue dans le secteur public avec la multiplication des contractuels et vacataires, est également une source de pression à la baisse des rémunérations.
La responsabilité des choix patronaux
Les départs en retraite non remplacés, les suppression d’emplois précaires, puis les licenciements économiques ont d’abord lieu sous la pression d’actionnaires et de grands groupes pour
sauvegarder les dividendes, préserver un « taux de marge ». Comme un dogme qui cible le travail comme la variable d’ajustement à réduire. Pourtant il y aurait bien d’autres gisements
d’économies à explorer. Ainsi en 2007 si les entreprises ont dépensé 200 milliards d’euros en investissements matériels, elles en ont dépensé 314 milliards d’euros en charges financières
(intérêts versés aux banques) et en dividendes. Il y a dans ce rançonnement des entreprises par les capitaux les plus puissants, la possibilité d’utiles et d’importantes économies. Même d’un
point de vue « managérial » ces pertes en compétences et en savoir faire que représentent des suppressions d’emplois, et aussi les externalisations d’activités, sont bien souvent des
gâchis souvent irrémédiables à long terme. Le groupe Alcatel par exemple n’a-t-il pas payé très cher sa « stratégie » visant à être un « groupe sans usines » ? De même
quand Total vient dire aujourd’hui que ses raffineries sont « inadaptées » (trop d’essence et pas assez de gazoil) et vieillissantes : à qui la responsabilité ? Sinon à ce
sous investissement chronique qui fait qu’en Europe, aucune raffinerie n’a été construite depuis 25 ans ? Le choix de gestion de « sabrer » dans l’emploi est un choix qui non
seulement est socialement injuste, (il fait payer aux salariés une crise dont ils ne sont pas responsables), mais économiquement à courte vue, en sacrifiant des compétences et des
qualifications.
La responsabilité des choix publics
Au quatrième trimestre 2008, alors que l’activité économique a reculé de 1,2%, le recours aux heures supplémentaires a augmenté de 28% par rapport à la même période de l’année 2007 ! A
l’évidence ces heures supplémentaires là ne sont pas dues à un surcroît d’activité ! Elles auront bien souvent compensées des départs ou fins de contrats non remplacés. Au mieux elles
représentent aussi parfois des heures supplémentaires non déclarées hier, et officialisées aujourd’hui afin de bénéficier de leur « détaxe » par la grâce de la loi TEPA de madame
Lagarde. Voici donc une mesure de l’Etat, coût 4 milliards d’euros, qui ne bénéficie que marginalement à certains salariés, et vient renchérir le coût des exonérations de charges patronales.
Elle est totalement contre productive pour l’emploi. Dans le contexte d’aujourd’hui, c’est comme si le contribuable payait pour encourager la suppression d’emploi ! Or cette augmentation
de 40 millions d’heures supplémentaires déclarées sur un trimestre, équivalent à près de 90.000 emplois a temps plein. Cet exemple, mais on pourrait en prendre bien d’autres comme les
« décotes » qui cherchent à imposer un recul de l’age de départ en retraite ou les 30.000 suppressions de postes dans les fonctions et services publics, montre une orientation
publique qui accentue les destructions d’emplois. Vont dans le même sens le projet de directive européenne sur l’allongement du temps de travail, ou encore les clauses, que le FMI impose
systématiquement dans les crédits attribués à certains pays européens, de réduire l’emploi et des salaires dans la fonction publique
Des propositions alternatives
Dans la plate forme syndicale du 5 janvier, les mesures anti crises proposées par le PCF début 2009, ou bien les orientations évoquées lors du rassemblement du Front de gauche pour changer
d’Europe au Zénith, quelques traits saillants sont repérables. L’exigence d’une autre utilisation de l’argent à tous les niveaux de la société, des gestions d’entreprises aux choix publics et
européens. La constitution d’un pôle public bancaire et celui de taux d’intérêts sélectifs et différenciés selon la qualité des projets en emplois, salaires, qualifications et utilités des
productions envisagées. La détermination de droits nouveaux pour les salariés dans les gestions des entreprises. La modification du partage des richesses entre le travail et le capital à la
fois en posant la question des salaires, des retraites et des minima sociaux. L’instauration d’une véritable sécurité d’emploi ou de formation pour les salariés. Nous reviendrons dans une
deuxième partie sur ces propositions dans le prochain numéro qui paraîtra à l’occasion de la journée du 19 mars.
Jean Paul Duparc
http://www.le-patriote.info/spip.php?article2699
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)