Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Politique - Article paru le 12 mars 2009 dans l'Humanité

Interdire à Total de licencier !



Emploi . L’annonce par la multinationale de 555 suppressions de postes alors que ses profits sont historiques provoque un tollé politique et relance le débat sur la « moralisation » du capitalisme.


Total n’est jamais à court de provocations. Il y a dix ans tout juste, le groupe pétrolier était directement impliqué dans le « naufrage de l’Erika » mais la multinationale refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans l’immense marée noire que l’accident avait déclenchée. En septembre 2001, un stock d’environ 300 à 400 tonnes de nitrates explosait dans l’usine AZF, filiale de Total, à Toulouse. Là encore, le groupe pétrolier réfute toute responsabilité dans l’affaire. Hier, le secrétaire général de Total, Jean-Jacques Guilbaud, a encore déployé l’argument, estimant son groupe « exemplaire » et « socialement responsable », après l’annonce, lundi, d’un plan de suppression de 555 emplois alors que la firme vient de battre tous les records de profits en annonçant, il y a un mois, près de 14 milliards d’euros de bénéfices (+ 14 %).


Logique du capitalisme


L’annonce a pourtant fait l’effet d’une bombe. « Injustifiable », a tancé Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT. « Hallucinant », s’est étranglée la CFTC. « Indécent », se sont emportés les parlementaires communistes, tandis que les députés socialistes ont dénoncé le « cynisme » de Total. « Ces faits illustrent parfaitement la logique du capitalisme actionnarial, qui traite les salariés comme des marchandises jetables », commente le syndicat Solidaires. En ces temps où le président de la République se targue de travailler à la « moralisation du capitalisme », la polémique ne cesse d’enfler. À gauche, l’indignation est générale. « Voilà l’exemple ! a lancé, hier matin, Marie-George Buffet, on donne de l’argent aux multinationales et aux banques, et après elles licencient. » Pour la secrétaire national du Pari communiste, la « seule mesure à prendre » consiste à « interdire les licenciements lorsqu’il y a versement des dividendes aux actionnaires ». De ce point de vue, ceux de - Total augmentent de 10 % en 2009. Alors, interroge Cécile Duflot, secrétaire national des Verts, « Nicolas Sarkozy annonce partout qu’il souhaite moraliser le capitalisme, quand va-t-il - passer aux actes ? ». De fait, la polémique affecte autant le géant du pétrole que le gouvernement, qui répète à l’envi qu’il ne laissera pas les entreprises profiter de la crise pour accélérer des restructurations. C’est pourtant exactement ce que fait aujourd’hui Total, et avant lui Renault, Peugeot, Sanofi-Aventis ou encore Caterpillar.


Mesures législatives


Pour inciter ou contraindre les grands groupes à préserver l’emploi, Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe Total, considère qu’il y « a urgence à donner des droits aux salariés pour empêcher tout projet de licenciement visant à accroître la rentabilité financière au détriment des intérêts collectifs ». À plusieurs reprises, la CGT a proposé au gouvernement d’aller vers l’instauration d’un « droit de veto » qui permettrait aux salariés de bloquer des projets de licenciements en cas de bénéfices, proposition soutenue, dans un communiqué, hier, par le Parti de gauche. Les sénateurs communistes ont quant à eux demandé au chef de l’État d’agir avec des « mesures législatives » et ils ont annoncé le dépôt d’une proposition de loi « tendant à interdire les licenciements à une entreprise qui redistribue des dividendes à ses actionnaires ». Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a réclamé que « Total rembourse l’aide publique qu’elle a touchée », tandis que Ségolène Royal veut inciter l’État à « prélever les bénéfices de Total et à les réinjecter massivement dans les énergies alternatives ». Le NPA a carrément proposé « d’exproprier les patrons pour constituer un service public de l’énergie ».

Face au tollé, la réaction gouvernementale fait pale figure. Premier à réagir, Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’Emploi, a regretté que Total ne soit pas capable, « dans cette période, d’avoir un comportement exemplaire » et a « conseillé » à la multinationale de le « corriger ». Un « conseil » qui ne mange pas de pain mais que le porte-parole du gouvernement n’a pas conforté. Luc Chatel a préféré venir au secours de l’entreprise en expliquant que « la réalité n’est pas aussi simple que ce raccourci » (mettre 550 suppressions de postes face à 14 milliards de profits). Pour lui, l’annonce de Total est juste « maladroite » et doit être mise en relation avec les « 3 000 créations d’emplois » prévues par le groupe en 2009. Face à la passivité gouvernementale, la CGT de Total s’est empressée, hier, de « conseiller » à l’ensemble des salariés de « faire grève » le 19 mars, lors de la journée intersyndicale de grève et de manifestation.


Paule Masson

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :