Immigration : Besson observe la frontière américano-mexicaine !

Quelques jours avant la visite de Nicolas Sarkozy au Mexique, Éric Besson se rend aujourd’hui à la frontière entre les États-Unis et son voisin latino-américain pour y « observer les
dispositifs mis en place afin de lutter contre l’immigration illégale ». À San Diego, le ministre de l’Immigration visitera notamment le mur en construction pour empêcher le passage des
clandestins, avant de se rendre à Tijuana, pour rencontrer associations et chercheurs.
La frontière américano-mexicaine peut-elle être un exemple pour la France ?
Yvon Le Bot. Certainement pas ! Les politiques d’immigration des États-Unis et de la France ne sont pas comparables. La frontière des États-Unis avec le Mexique est longue de 3 200
kilomètres, il faudrait comparer avec les frontières de l’Europe. Mais l’UE n’a pas de réelle politique d’immigration.
Y a-t-il des idées du modèle américain qui seraient importables en France ?
Yvon Le Bot. Le gouvernement Sarkozy a déjà calqué sa politique sur celle des États-Unis dans le domaine de l’éducation et de la recherche. Besson va sans doute chercher des recettes. Mais à la
différence du ministre français, les États-Unis, même s’ils pratiquent une politique extrêmement répressive, considèrent les travailleurs immigrés comme une richesse…
N’est-ce pas inquiétant qu’Éric Besson aille étudier le mur qui sépare les États-Unis du
Mexique ?
Yvon Le Bot. Le mur est choquant et indéfendable, mais ce projet est une galéjade, dans les oubliettes du Congrès depuis deux ans. Le mur ne représente qu’une partie de la réalité. Il n’empêche
pas des millions de passages chaque année. Il s’agit davantage d’une manière de dissuader que d’un mur infranchissable. Ce qui se passe au sud de l’Europe n’est pas plus joli que ce qui se
passe au sud des États-Unis, loin de là. Il y a plus de morts à nos frontières qu’à celles des États-Unis.
Barack Obama va-t-il infléchir la politique migratoire des États-Unis ?
Yvon Le Bot. Certainement. Obama a été élu grâce aux votes multiraciaux, comme on dit aux États-Unis. Les Latinos, en particulier les jeunes, ont voté massivement pour lui : à
66 % ! Il faut se rappeler l’énorme mouvement des Latinos en 2006, le plus grand mouvement social de l’histoire des États-Unis, qui a certainement influé sur le vote Obama. On peut
donc s’attendre à une politique modérée de régularisations. Dans la situation de crise actuelle, Obama ne peut pas non plus changer complètement de politique, mais elle sera beaucoup plus
favorable que ne l’était la précédente.
Quels impacts la crise va-t-elle avoir sur les migrations ?
Yvon Le Bot. Il y a déjà des effets énormes aux États-Unis sur les migrations, en particulier des Latinos. Des secteurs entiers sont en récession. Les "remesas" (envois de fonds) refluent
très nettement, ce qui a des conséquences sur l’économie de pays comme
le Mexique, dont c’est la deuxième source de revenus. On n’a pas assisté encore à des retours ou à des renvois
massifs de migrants à cause de la crise. Mais il y a moins de départs. Les gens sont moins tentés d’aller chercher du boulot aux États-Unis. Beaucoup plus que le mur, la crise est un facteur
qui risque d’empêcher la migration. On contourne toujours les murs. Quand on a la possibilité de gagner dix fois plus aux États-Unis qu’au Mexique, où l’emploi est sinistré, on tente le coup.
Mais si, au bout, il n’y a ni emploi ni possibilité de faire vivre sa famille, on ne part pas.
Le Mexique, comme les pays du sud de l’Europe, est utilisé comme un pays - tampon…
Yvon Le Bot. Oui, le Mexique a une politique d’expulsions à l’égard des Centre-Américains souvent plus brutale que celle des États-Unis à l’égard des Mexicains. Comme la Libye et le Maroc sont
en train de le faire avec leurs propres migrants. Dans le sud du Mexique, les expulsions sont ainsi très brutales, avec des violences de toutes sortes sur les migrants, du vol jusqu’au viol. Si
Besson veut prendre modèle sur ce schéma, on peut craindre le pire.
Entretien réalisé par Marie Barbier
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