Logement : Boutin se lance dans le clonage !

Logement . Les architectes s’élèvent contre la standardisation de l’habitat social contenue dans la loi.
S’avance-t-on vers la reproduction à l’infini de logements « génétiquement » identiques ? Depuis quelques semaines, des voix expriment une vive inquiétude en ce sens. C’est Lionel Dunet, président du Conseil national de l’ordre des architectes, qui a en premier lieu tiré la sonnette d’alarme en adressant un courrier à la ministre Boutin. Il estimait, dans sa missive, que l’article 36 de la loi de mobilisation pour le logement, votée mi-février à l’Assemblée nationale, incite à construire le logement social sur le même mode que les centres de détention. En donnant la possibilité aux bailleurs sociaux d’utiliser la procédure de conception-réalisation « au prétexte d’un gain de temps qui, au bout du compte, ne saurait excéder deux à trois mois ». Ces procédures reviendraient à transformer le logement social en « une punition pour ses futurs occupants ».
Dans une tribune parue sur le site du Moniteur, Cristina Conrad, architecte conseil de l’État, considère pour sa part qu’il s’agit d’un « retour de la politique des modèles » à l’oeuvre dans les années 1960. Ou à ce que beaucoup considèrent comme l’ère de « l’industrialisation de la construction », qui a accouché des fameuses machines à habiter, non seulement décriées, mais démolies dans le cadre du programme de rénovation urbaine. Ainsi, selon l’architecte, la « maison à 15 euros » et les politiques de défiscalisation produiraient une « architecture hors-sol ». Le logement serait réduit à un produit « exportable », sorte de « parallélépipède avec des toits à deux pentes (…) au milieu d’une parcelle ». L’expérience montre d’ailleurs que ce type d’habitation devient souvent un poids pour les familles, qui se retrouvent avec un bien « impossible à louer et invendable, avec en sus le remboursement obligé des aides perçues de l’État ». Qui plus est, cette architecture, qui n’a que faire de l’environnement dans lequel elle s’inscrit, aurait pour unique visée le profit.
Roland Castro notait pourtant, dans un rapport remis à la ministre en juil-let 2008, qu’ « un bon bâtiment
magnifie et représente ceux qu’il accueille ». Pour Christine Boutin, dont les interlocuteurs louent « le goût du beau », selon l’expression de Lionel Dunet, le logement social
ne mériterait-il pas le geste architectural ?
Lina Sankari
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