En cette (longue) période de vie chère, chaque consommateur y va de sa stratégie d’achat. Il y a
ceux qui n’achètent plus que dans les magasins discounts, quitte à faire quelques kilomètres, ceux qui ne se servent en fruits et légumes que sur les marchés… bon
marché…(Photos David Maugendre)
Aux abords d’un magasin de hard discount montpelliérain, personne n’a encore vu de prix baisser.
Bien au contraire.
En ce début d’après-midi, hier, un gros trafic de véhicules s’écoule sur la voie rapide. De ce côté-là de la route, où se trouve un hard discount, les voitures roulent en
direction du stade de rugby Yves du Manoir, avant de rejoindre le grand M, imposant et hideux carrefour montpelliérain.
En revanche, sur le parking qui jouxte le discount, ce n’est pas la grande affluence. Juste quelques allées et venues d’une poignée de gens qui viennent faire
leurs courses. Si le gros des troupes habitent les quartiers populaires tout proches, comme Paul Valéry, Val de Croze ou la Cité Gély, « il y a aussi des gens qui viennent de la
périphérie de Montpellier, comme Lavérune, Cournonterral, et même des médecins… », glisse le vigile, grand gaillard qui fait volontiers la causette.
Une
mauvaise blague
On n’hésite plus en effet à faire quelques kilomètres pour essayer de remplir son
chariot au meilleur prix. Et allez répéter aux pousseurs de chariot les bonnes paroles de Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la consommation, comme quoi les prix baissent, ils
croient illico à une mauvaise blague. « Rien ne baisse ! Tout est cher ! », balance, débonnaire, un trentenaire à casquette qui sort du magasin. « Il n’y a que lorsqu’on met la
pièce d’un euro dans le chariot, là, c’est toujours le même prix », rigole-t-il.
C’est bien ce que pense Anne-Marie, une septuagénaire à la chevelure d’un blanc flamboyant. « Je viens ici, au moins cher, je cherche les produits en
promotion, et puis je les mets au congélateur. Par contre, les fruits et légumes sont hors de prix. Il n’y a qu’au marché qu’ils sont plus abordables », estime-t-elle.
Chacun y va en effet de sa stratégie d’achat. « Je connais des clients qui font plusieurs magasins discount ou grandes surfaces pour comparer les prix. Du
coup, il y a des produits qu’ils achètent ici, d’autres ailleurs », poursuit le vigile. « La clientèle, il y en a, mais le volume du panier a baissé. La plupart des gens
regardent en sortant leur ticket à deux fois, au cas où il y aurait une erreur. Ce qui me choque le plus, c’est qu’on dit que certaines matières premières, comme les céréales,
ont baissé, mais le prix des pâtes par exemple a augmenté. C’est dégoûtant. Les salaires, eux, n’augmentent pas. Il n’y a pas de contrôle. Il est où, l’Etat ?… Il laisse faire
alors qu’il faudrait surveiller tout ça… », réagit-il.
«
Ailleurs, on serait tenté. »
Vêtue d’un manteau rouge vif, une dame d’une cinquantaine d’années pousse un
chariot plein. Ce sont les courses pour la semaine, pour cinq personnes. Elle en a eu pour 150 euros. Le couple travaille. « Mon sentiment, c’est que les prix ont augmenté, en
particulier depuis un an. La viande, par exemple. Plus question de se rabattre sur les viandes moins nobles, comme le porc, tout est cher. Les produits laitiers non plus n’ont
pas été épargnés. Et le pain ! J’ai une référence : ça fait cinq ans que j’habite ici et avant le passage à l’euro on trouvait la bannette à trois francs. Aujourd’hui elle est à
un euro, c’est-à-dire l’équivalent de six francs cinquante ! », témoigne-t-elle. « Du coup, je ne fréquente plus que les hard discounts. L’avantage, c’est qu’il n’y a que
l’essentiel, alors qu’ailleurs on serait tenté. Or on ne peut plus se le permettre. On est obligé de regarder sur tout ».
Christophe, père de famille (une petite fille de deux ans et demi), 37 ans, fait ses courses dans ce même magasin discount depuis dix ans. Parce qu’il y
trouve un bon compromis entre les prix bas et les marques pour certains aliments de base : huile, sodas, produits bébé… « Je ne vais plus dans les supermarchés traditionnels
depuis longtemps, bien plus chers qu’ici », dit-il. Pourtant, ce salarié moyen -1 500 euros mensuels- constate que même cette enseigne est touchée par l’inflation : « Selon les
saisons, je fais à peu près les mêmes courses, deux fois par mois, pose-t-il. Jusqu’à il y deux ans, un chariot plein me coûtait entre 100 et 110 euros maximum, maintenant il
oscille systématiquement entre 140 et 150 euros. »
Toujours plus de sacrifices
Et le budget commence à exploser. « Ce qui est inquiétant, c’est qu’on fait
toujours plus de sacrifices sur l’alimentation et ça c’est odieux. Derrière la vie chère, se cache un vrai problème de santé publique. On va finir par manger du foin »,
s’emporte-t-il. Des sacrifices, lesquels ? « On achète évidemment moins de friandises [chocolat, gâteaux], moins de desserts qu’on a remplacés par des yaourts premier prix, tout
comme les lessives qui usent pourtant le linge plus vite. Pour l’instant, on essaye de ne pas transiger sur les produits essentiels pour notre fille : le lait bio et les fruits
et légumes. Mais on mange moins de viande ou alors d’une qualité insuffisante. La réalité, c’est qu’on est plus pragmatique et qu’on a moins de marge de manœuvre que quand on
était étudiants. »
Reportage
Catherine Vingtrinier
http://journal-lamarseillaise.com/content/view/15092/35/
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