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Tribune libre - Article paru le 23 février 2009 dans l'Humanité

 

Guadeloupe : Le LKP porte une vision globale !

Par Gerty Dambury, écrivaine guadeloupéenne




En s’en prenant à la « pwofitasyon », le LKP remettait fondamentalement en cause les profits exorbitants réalisés par certaines entreprises et leur refus d’en faire profiter la collectivité.

Il semble que petit à petit, dans le compte rendu des diverses négociations, on soit en train de perdre de vue cet aspect. Pour quelle raison ? Avant même sa venue en Guadeloupe, Yves Jégo avait annoncé les intentions de l’État : accorder des exonérations de charges au patronat à hauteur de 140 millions d’euros, pour la seule Guadeloupe (ce dont on est loin aujourd’hui avec les 550 millions d’euros accordés pour les quatre départements d’outre-mer…). Ce système d’exonérations fait finalement supporter à la collectivité nationale la garantie des bénéfices de certaines entreprises et de leurs actionnaires. On pense à Total, par le biais de la SARA. Les membres du collectif ont, à diverses reprises, attiré l’attention sur ce fait et continuellement exigé une réelle ponction sur les bénéfices des plus grandes entreprises du département : celles-là mêmes que le concept de « pwofitasyon » vise. En effet, que recouvre cette notion ? D’abord la pérennisation d’un système de domination d’une caste sur un plus grand nombre - à savoir, osons le mot : le peuple. Un système de domination qui est parfaitement organisé d’un bout à l’autre de la chaîne : maîtrise de la production locale, si faible soit-elle, maîtrise des importations, maîtrise de la distribution, tout cela étant soigneusement contrôlé par un système d’ententes qu’aucun service de l’État ne semble vouloir dénoncer. Ce point nous amène au deuxième niveau de la pwofitasyon : la collusion soupçonnée de certains hauts fonctionnaires de l’État avec ces premiers profiteurs (premiers par la durée et/ou par l’importance de leurs profits). Les prix exorbitants pratiqués aux Antilles - que chacun a pu constater au travers des articles publiés dans la presse la plus diverse - ne sont que l’aboutissement de ces deux premiers points. Il était tout à fait logique que le LKP refuse les propositions des collectivités, propositions formulées à la suite de la rupture des négociations et qui consistaient à se substituer aux interlocuteurs silencieux qu’étaient devenus les membres du MEDEF. Le LKP, par la voix d’Élie Domota, expliquait qu’une telle mesure ne ferait que grever le budget des aides sociales dont dispose en particulier le conseil général pour les plus démunis. Cette parole forte est parfaitement entendue par la population qui assiste de façon massive aux rassemblements et aux marches organisées par le LKP. En annonçant l’engagement de l’État à hauteur de 500 millions d’euros, le gouvernement de Nicolas Sarkozy ne fait pas qu’un effet d’annonce, on y est habitué, il encourage la défiance d’une partie du peuple de France à l’égard de ces « populations d’outre-mer » qu’on accuse de vivre aux crochets de la France. Il est donc plus que jamais nécessaire de rappeler que les revendications salariales du LKP s’adressent en premier lieu au grand patronat local et qu’il n’a cessé de dénoncer le refus de ces derniers de « mettre la main à la poche ». C’est une revendication qui rejoint celle des salariés du nord au sud de l’Hexagone. Mais le LKP met également en cause le fonctionnement de certaines collectivités locales. C’est sans doute douloureux pour certains, mais des élus courageux ont déjà accepté d’entendre cette parole. Tout un système a été mis en place au cours des années, voire des siècles, qui nécessite la complicité ou, au minimum, l’acceptation d’une certaine impuissance de la part d’hommes et de femmes élus par leurs concitoyens. C’est au « ka ou vé fè ? », (« que faire, ça a toujours été comme ça ») que s’attaquent les membres du collectif, de façon soudée, malgré leur grande diversité de points de vue. C’est cette parole que l’on cherche à étouffer sous le rabâchage quotidien de « l’exigence d’une augmentation de 200 euros » par le LKP, oubliant au passage les propositions (et non pas les simples revendications) faites par ces hommes et ces femmes sur des questions aussi diverses que l’environnement, les droits et les libertés syndicales, la culture, la production agricole, la pêche. Bref, ceux qui plaident pour des états généraux semblent oublier qu’ils y sont conviés depuis le mois de décembre 2008 et que quelques propositions sont sur la table, formulées par des individus qui ne sont pas tous des membres de syndicats ou de partis politiques. L’organisation de ce collectif et les questions de fond qu’il pose sur le fonctionnement de nos sociétés - et qui concerne autant les Ardéchois que les Franciliens - sur les insuffisances de certains hauts fonctionnaires, sur la facilité avec laquelle nos gouvernants oublient les plus démunis tout en proclamant leur désir d’améliorer leur pouvoir d’achat (pour préserver quels profits d’ailleurs ?), sur la timidité de certains de nos syndicats, sur les petits arrangements de certains de nos élus avec leur conscience, doivent nous pousser à nous interroger tous et toutes. Le Lyannaj kont pwofitasyon est un concept qui s’exportera aisément, à n’en pas douter.

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Tag(s) : #Politique
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