Crimes de guerre : l’autorité palestinienne saisit la justice !
Proche-Orient . Ramallah réclame une enquête alors que se poursuivent les tractations sur un cessez-le-feu à Gaza et sur la formation d’un gouvernement israélien.
« Nous sommes venus aujourd’hui apporter des - documents qui montrent que la Palestine en tant qu’État (…) est en mesure de saisir la Cour et de demander une enquête sur les crimes commis
par l’armée - israélienne. » Vendredi à La Haye, le ministre palestinien de la Justice, Ali Kachan, accompagné de son collègue aux Affaires étrangères, Riad Al Malki, ont officiellement
réclamé au procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, qui les a reçus pendant plus de quatre heures, d’enquêter sur des crimes de guerre commis par l’armée
israélienne depuis 2002. « Nous déposerons encore d’autres documents sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, pas seulement à Gaza lors de la dernière attaque israélienne
mais aussi de 2002 à aujourd’hui », a déclaré à la presse, Ali Kachan, à l’issue de l’entrevue.
« Analyse préliminaire »
La semaine dernière, le procureur avait annoncé avoir entamé une « analyse préliminaire » après avoir reçu 210 dépositions d’ONG dénonçant les crimes de guerre commis par Israël
durant son offensive sur Gaza. 1 330 Palestiniens dont 700 civils, femmes et enfants y ont trouvé la mort. Le 3 février, l’Autorité palestinienne avait reconnu la compétence de la CPI, une
mesure destinée à ouvrir la voie à une enquête. Luis Moreno-Ocampo avait alors indiqué qu’il fallait déterminer si l’Autorité palestinienne avait « la capacité légale pour accepter la
juridiction de la Cour ». Une question qui tient sa réponse, a rappelé Riad Al Malki, dans la visite qu’a récemment effectuée le président Mahmoud Abbas dans plusieurs pays d’Europe :
en France, en Italie, en Pologne, il a été reçu en tant que président de la Palestine. « Ses visites étaient considérées comme des visites d’État », a relevé le
ministre.
Sur le terrain politique, après l’offensive sanglante sur Gaza la situation reste aussi confuse sur les intentions israéliennes. L’existence de négociations avec le Hamas par l’intermédiaire de l’Égypte révélée vendredi a été confirmée. Les principaux points de désaccord étaient surmontés, avançait le Hamas, mais samedi Israël bloquait les pourparlers en indiquant qu’« il n’était pas question de rouvrir les points de passage sans que Shalit soit libéré ». Mais pour les Palestiniens « il n’existe aucun lien entre les deux dossiers », et la libération de Shalit, capturé en juin 2006, reste liée à l’élargissement de prisonniers palestiniens détenus en Israël.
Le premier ministre israélien par transition, Ehud Olmert, devait mener dimanche des consultations avec les principaux responsables politiques sur une trêve. Ces discussions devaient avoir lieu avec le ministre de la Défense Ehud Barak et la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, mais aussi avec le chef du Likoud Benyamin Netanyahu.
« Le gouvernement doit - tenir compte de la nouvelle situation (politique) et des résultats des élections », a expliqué Ehud Olmert lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem. Or, justement, cette situation est très fluctuante. Qui conduira le prochain gouvernement israélien ? Kadima et le Likoud, qu’un seul siège de député sépare à l’issue des élections du 10 février, prétendent tous deux en avoir la légitimité. Les tractations patinent entre les deux partis. « La rotation (du pouvoir) est le minimum que le Kadima puisse exiger pour qu’un gouvernement stable voie le jour. (…) S’il n’assume pas le pouvoir, il ira dans l’opposition », déclarait hier le ministre de la Sécurité intérieure Avi Dichter. « Tzipi Livni (chef de Kadima) a reçu la préférence de l’opinion publique, et (Benyamin) Nétanyahu (chef du Likoud) doit l’admettre. Il faut un juste équilibre », a-t-il ajouté.
Ce jeu de chaises musicales au gouvernement pourrait impliquer que les chefs de file des deux partis passent deux
ans chacun au poste de premier ministre. Une telle option a un précédent en Israël. En 1984, les travaillistes de Shimon Peres avaient formé une alliance avec le Likoud de Yitzhak Shamir. Les
deux hommes avaient dirigé le gouvernement à tour de rôle. La préférence de Netanyahu irait à la création d’un cabinet d’union nationale avec Kadima dont il aurait seul la direction. Les deux
partis envisageant chacun de leur côté de s’appuyer sur les partis d’extrême droite et religieux pour arriver à leurs fins.
Dominique Bari
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