La vraie-fausse braderie de l’hôpital de Cognac !

Santé . 4 000 personnes protestaient, samedi, à la manière d’une vente aux enchères, contre le transfert de la maternité vers la clinique privée. Leur crainte : le désossement de l’hôpital public.
Cognac (Charente), envoyée spéciale.
« Aujourd’hui, nous avons décidé de vendre l’hôpital de Cognac. Première enchère : la réanimation, avec une mise de départ de 200 euros. Deuxième enchère : la gastro-entérologie.
Un service en excellent état de marche ! Troisième enchère : la maternité, à 700 euros. Un prix imbattable pour un service labellisé « Amis des bébés » et comprenant un
personnel compétent ! » Cette parodie d’enchères - car c’en est bien une - s’est déroulée samedi à Cognac, en Charente. Un pastiche poussé à l’extrême, mais dont la réalité n’est
pourtant pas si éloignée.
Inacceptable pour les personnels, les élus et les usagers
En novembre dernier, le directeur de l’hôpital a tiré la sonnette d’alarme. Le motif : un déficit record (1,2 million d’euros) lié à une baisse chronique d’activité et à un surcoût de 3
millions d’euros du projet du nouvel hôpital. Il a aussitôt émis plusieurs « pistes de réflexion », parmi lesquelles une réduction des dimensions du futur hôpital, une baisse des
effectifs, la suppression de 15 lits de médecine, la fermeture des services de réanimation et de gastro-entérologie et, cerise sur le gâteau, le transfert de la maternité dans les locaux de la
clinique.
Inacceptable, rétorquent les personnels, mais aussi les élus et les usagers. Samedi, quelque 4 000 personnes sont descendues dans les rues de Cognac pour protester contre ce projet de restructuration. Du jamais vu. « La mobilisation exceptionnelle montre à quel point est fort l’attachement pour l’hôpital », a constaté Michel Gourinchas, le maire PS de Cognac. « L’amputation de ces services serait probablement fatale sur le moyen terme », objecte Pierre-Alain Dorange, président du Comité de défense de l’hôpital.
La location de locaux à la clinique pour héberger la maternité inquiète au plus haut point. « Quel sera le coût de location ? Comment seront organisées les consultations ? Gardera-t-on les IVG ? » s’interroge Marie-Claire Tardé, infirmière et déléguée CGT de l’hôpital. « Une clinique privée est une entreprise soumise aux lois du marché, qui peut changer de propriétaire et revoir ses priorités à la baisse. Elle peut aussi fermer », s’alarme Pierre-Alain Dorange. Et si demain le nouvel hôpital est construit sans la maternité, il sera impossible de revenir en arrière. D’ici à ce que le service soit privatisé, il y a un pas que tous craignent. « Tout cela ressemble à un plan de restructuration qui pourrait aboutir à un partenariat public-privé, très en vogue », projette avec anxiété le défenseur des services publics, en faisant allusion à l’une des priorités de la loi Bachelot.
Ce type de coopération, Cognac en a fait les frais dès 2003, avec le transfert de la chirurgie au privé. « La
délégation de la chirurgie devait sauver l’hôpital ; on voit au contraire qu’elle a aggravé les difficultés », assène Pierre-Alain Dorange. « Lors de ce transfert, l’État s’était
engagé à financer le surcoût lié au maintien d’un bloc opératoire sur l’hôpital, indispensable pour effectuer les césariennes. » Sauf que, avec la mise en place de la tarification à
l’activité, les règles ont changé et l’État s’est désengagé. Et aujourd’hui une grosse part du déficit de l’hôpital est dû au bloc opératoire de la maternité, qui est pourtant passée de 540
accouchements en 2002 à 700 aujourd’hui. Sans compter que la privatisation de la chirurgie a eu pour corollaire une baisse de 10 % des effectifs de l’hôpital.
Hospitalisés dans le privé sans le vouloir
Quant aux 62 000 usagers du bassin, eux non plus n’ont pas été épargnés. La délégation oblige la clinique à prendre en charge la chirurgie d’urgence au tarif Sécu, mais uniquement si le patient
est confié à la clinique par le service d’urgences de l’hôpital. Dans le cadre de la chirurgie programmée, tous les actes sont en honoraires libres. « Pour bénéficier de tarifs remboursés,
il faut se rendre à Saintes ou Angoulême, à une demi-heure de route d’ici », témoigne une manifestante. « Mais le problème, c’est que les gens se retrouvent parfois hospitalisés dans
le privé sans le vouloir. Combien de patients ont été envoyés par les urgences de l’hôpital à la clinique, où un médecin a jugé que leur opération pouvait être reportée de quelques jours. Sauf
que, de fait, le patient tombe dans la case chirurgie programmée et se retrouve à payer des dépassements. »
Un contexte national tout aussi difficile
Ces arguments semblent avoir convaincu les élus des agglomérations environnantes (Cognac, Rouillac, Segonzac, Jarnac), qui, en plus de participer massivement au défilé de samedi, ont voté une
motion refusant le transfert de la maternité au privé et soutenant la construction du nouvel hôpital dans son projet initial. Bien que la compétence santé ne soit pas de leur ressort, ils
semblent même prêts à mettre la main à la poche pour « résoudre la problématique du financement du nouvel hôpital ». Sous quelle forme ? À quelle hauteur ? Tout reste à
définir. La municipalité de Cognac a indiqué qu’elle pourrait mettre à disposition de l’hôpital sa cuisine centrale. « Nous sommes conscients de l’enjeu pour le territoire », répète
Michel Gourinchas, pour qui « la première erreur a été de concéder la chirurgie au privé et la seconde de construire le nouvel hôpital juste à côté de la clinique privée ». De son
côté, la députée PS Marie-Line Reynaud a demandé un rendez-vous à la ministre de la Santé sur cette question précisément.
À cette situation locale s’ajoute un contexte national difficile. « La convergence nous fait peur, pronostique
le président du comité de défense de l’hôpital. Le projet de loi Bachelot, qui veut transformer les hôpitaux en entreprises rentables, ne risque pas d’améliorer notre
situation. »
Alexandra Chaignon
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