Shérazade, symbole de la lutte des femmes !
Justice . La jeune femme, brûlée vive, souhaite que son procès soit aussi celui des violences faites aux femmes.
Devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, Shérazade Belayni, brûlée vive en novembre 2005 par un jeune Pakistanais qu’elle refusait d’épouser, a affirmé qu’elle souhaitait d’abord au cours
de ce procès « entendre des choses » de son agresseur, « qu’il me dise pourquoi ». Mais la jeune femme disait aussi attendre de la justice « une peine sévère (…) qui
punira une tentative d’assassinat commise dans des conditions atroces » et qui sera « aussi un symbole dans le combat contre les violences faites aux femmes ». Une revendication
saluée par Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire contre les violences faites aux femmes en Seine-Saint-Denis.
« Chaque procès, dans ce genre de drame, permet de mieux prendre en compte la dangerosité des hommes violents
pour l’ensemble de la société. Et peu importe le mode opératoire de l’agresseur. Il est important que tout le monde comprenne qu’une femme victime de violences dans le couple est en danger.
Toutes les enquêtes de la police, aujourd’hui, indiquent une augmentation du nombre de ces homicides. Cela ne signifie pas qu’ils sont plus nombreux mais que, enfin, on commence à mieux les
comptabiliser. »
De plus en plus de plaintes
En fait, les statistiques précises à ce propos existent depuis seulement trois ans et sont l’oeuvre de l’Observatoire national de la délinquance (OND). Elles ont établi qu’en France une femme
meurt tous les deux jours sous les coups de son partenaire ou ex-partenaire violent. Pour Ernestine Ronai, le phénomène nouveau, intéressant, est que les femmes portent plus volontiers plainte
pour violence dans le couple. « Cela s’est traduit par une augmentation de 31 % pour la France entière et de 87 % en Seine-Saint-Denis, sur la même période de trois ans. L’OND a
précisé que la violence n’est pas plus marquée dans notre département mais que l’accompagnement, l’accueil, la sensibilisation des habitants, des professionnels et de la police y sont plus
importants qu’ailleurs et qu’on y obtient des résultats plus proches de la réalité. »
« Le coût social de la violence »
Un décalage qui fait dire à la spécialiste qu’une bonne marge de progrès existe et que le travail doit se poursuivre. Le discours de Michèle Alliot-Marie, le 19 janvier dernier, qui, sous
prétexte de privilégier la prévention, semblait inviter la police à faire baisser les chiffres de la violence intrafamiliale pour avoir la satisfaction d’annoncer un futur recul de la violence
aux personnes, ne laisse pas d’inquiéter Ernestine Ronai. D’autant que, si les statistiques prennent en compte les homicides, les tentatives et leurs conséquences dramatiques restent un
continent inconnu. Combien de femmes mutilées ou qui restent infirmes à vie à la suite de l’agression de leur compagnon ou ex-compagnon ? « Le coût social de cette violence est
élevé : femmes paralysées ou qui perdent l’usage d’une partie de leur corps… Si on veut que la société bouge à ce sujet, qu’elle prenne conscience de la dangerosité, il faut que des
statistiques attestent ces faits. Il faut continuer à inciter les femmes à porter plainte et mieux les protéger ensuite. »
Dany Stive
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