Universités : À Marseille, les chercheurs écrivent à Sarkozy !
Marseille (Bouches-du-Rhône), envoyé spécial. « Insultant, limite haineux » : Xavier Morin, jeune chercheur CNRS en biologie, n’a toujours pas digéré le discours du 22
janvier, prononcé devant un parterre d’universitaires, par Nicolas Sarkozy. C’est surtout le passage sur le manque d’évaluation des travaux de recherche qui l’a vraiment choqué. Aussi, avec
trois de ses collègues de l’Institut de biologie du développement, a-t-il, le temps d’une courte matinée, déserté son labo de la fac de Luminy pour s’en aller poster du courrier au président de
la République. « En lui joignant mon CV, je lui expose mon projet de créer une équipe de jeunes chercheurs en biologie cellulaire, projet que j’ai mis six mois à mettre sur pied, notamment
pour trouver de l’argent, et qui a été examiné favorablement par mes pairs français mais aussi étrangers. Cependant, comme le président a un sérieux doute sur ce type de projet, je lui demande
de bien vouloir l’évaluer lui-même », ironise-t-il.
Entre un voyage éclair en Irak et la pose du tout-à-l’égout au cap Nègre, l’omniprésident aura-t-il le temps de lire cette lettre ? Peu importe au fond pour la centaine d’enseignants-chercheurs des facs de sciences de Marseille que Xavier Morin a rejoints, hier à midi, devant le bureau de poste de la préfecture. « Sarkozy, évalue nos publis ! » ont lancé les manifestants en brandissant leurs thèses et autres publications, placées ensuite en vrac dans un grand sac postal marqué « prioritaire ». Et ce à la grande joie des photographes et cameramen présents sur place.
« Par cette opération médiatique, nous voulions surtout rectifier auprès de l’opinion publique les mensonges de Sarkozy, notamment sur l’évaluation
de nos travaux qui est régulièrement faite et qui ne peut être effectuée que par des chercheurs », a expliqué Emmanuel, maître de conférences en informatique. Sa voisine de
« manif » Sabrina, chercheuse en neurobiologie sur le campus Arguier et porteuse, pour un jour, de la banderole syndicale, acquiesçait : « J’ai passé six ans aux États-Unis
où les grands centres de recherche fondamentale sont financés par le gouvernement. Et les chercheurs y ont toute liberté. Je suis rentrée parce que je pense que nous pouvons faire aussi bien en
France avec le CNRS. Alors surtout, Monsieur le Président, pas de démantèlement et moins de mépris envers nous ! »
Philippe Jérôme
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