Deux ans après la victoire du combat contre le CPE, les universités de sciences et de lettres de Montpellier, retrouvent les grandes assemblées générales. Photo: DM
Dans l’amphi archi plein de l’université de sciences de Montpellier, six cents personnels et
étudiants vivent leur première AG de l’année. Face aux réformes qui fracassent l’enseignement supérieur, les revendications se discutent, la lutte renaît.
Mardi, 10 heures. Au cœur de l’université des sciences de Montpellier, l’amphi Dumontet renaît de
ses cendres. Deux ans après la victoire du combat contre le CPE. Tout juste un an depuis l’échec de la lutte contre la LRU. Massés sur chaque banc agité, 600 personnels
enseignants et étudiants attendent que quelque chose se passe.
Tandis que les retardataires tentent de se frayer un chemin sur les marches déjà obstruées, un professeur en biologie ouvre la première assemblée générale version 2009. « Nous
sommes là parce qu’une fois de plus, on a le sentiment que trop de choses vont mal dans l’enseignement supérieur », lance-t-il en substance à l’assistance tout ouïe. En grève
illimitée depuis la veille, les personnels et étudiants mobilisés passent là un premier test qui s’annonce plutôt bien. Et ça se sent. « Ce début de mouvement ressemble plus à
un début de CPE qu’à un début de LRU », estime Tina Biard. La présidente de l’Unef Montpellier est « optimiste » parce que contrairement à l’an passé, « enseignants et étudiants
partent ensemble ». La leçon est retenue : on veut l’unité. Et pour l’instant, on l’a.
L’université matraquée par les
réformes.
Il faut dire qu’il est bien difficile de lister tous les motifs du mécontentement tant la communauté universitaire a le sentiment d’être matraquée par les réformes Pécresse. «
L’avenir des enseignants chercheurs nous concerne directement », lance le premier étudiant invité à prendre la parole. L’attaque frontale du statut des enseignants chercheurs -
qui verraient la gestion de leur carrière confiée aux présidents d’universités - fait recette dans les rangs contestataires. « Les présidents sont des administratifs. Ce n’est
pas à eux de juger de la valeur d’un enseignant ou d’un chercheur », argumente un prof très applaudi. Mais les craintes perceptibles au moins autant que l’envie de dire stop au
gouvernement sont bien plus larges. Aussi profondes que les attaques sont violentes et ciblées. « Les suppressions de postes, la mort des IUFM, le projet de masterisation de la
formation des enseignants des premier et second degrés, le nouveau contrat doctoral, les contrats précaires… » Face à l’amphi bondé, Patricia Sourrouille, la responsable de
l’Intersyndicale, décline les reproches que la Coordination nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche a listés la veille à Paris. Entré dans l’amphi au même
moment pour prendre la température, Paul-Emmanuel ne peut que se rendre à l’évidence. « C’est reparti », déplore le président de l’Uni, syndicat étudiant droitier qui sans
surprise se désolidarise de ce nouveau mouvement de colère. Sans pour autant se tromper dans l’analyse. « C’est toute la LRU qui est à nouveau rejetée ».
« Je crois qu’on y perd beaucoup
»
Nous y voilà. La fameuse loi d’autonomie des universités. Celle adoptée en catimini dix-huit mois plus tôt le temps d’un été par le gouvernement. Celle qu’ont combattue
vainement des milliers d’étudiants durant plus de deux mois à l’automne 2007. Et qui aujourd’hui, revient hanter les campus. « On en ressent les premières conséquences », avoue
un enseignant chercheur en pensant à la toute puissance conférée aux présidents d’université dont certains - rares - ne sont pas dupes. « On était libres, on doit devenir
autonomes. Je crois qu’on y perd beaucoup », commentait ces jours-ci Anne Fraïsse, la présidente de l’université de lettres de Montpellier.
Dans l’amphi de sciences, le jeune enseignant qui découpe le nouveau projet doctoral semble de son avis. « Avec un contrat d’un an renouvelable chaque année et une période de
deux fois trois mois d’essai, c’est un nouveau pas vers la précarité des doctorants », martèle t-il.
Derrière lui Damien, étudiant en master I, élargit un peu plus le cadre des revendications qui se construisent au fil de l’AG. « Le ras-le-bol est réel chez les étudiants. Un
sur deux est obligé de travailler pour se nourrir, payer son loyer et essayer de suivre ses études », alarme le membre de l’Unef. Avant de pointer les exigences du premier
syndicat étudiant : « Augmenter le nombre de boursiers et revoir le plafond des échelons, créer un dixième mois de bourse… » Et surtout : « Mettre en place une allocation
autonomie », c’est-à-dire une aide unique individualisée calculée en fonction de la situation propre de l’étudiant. Et non pas en fonction de celle de ses parents deux ans
avant. Bref, instaurer un vrai statut étudiant. « Il ne s’agit pas que de l’université. C’est leur droit à l’avenir que les étudiants sentent mourir et qu’ils veulent défendre
», résume Tina.
Dans le souci de voir le mouvement se massifier, percer et enfin aboutir, Loïc va même plus loin. « La LRU et l’enseignement ne sont qu’une partie du problème. Tous les services
publics sont touchés par la même logique de casse sous couvert d’économies », dénonce celui qui a connu la belle mort du CPE, la funeste survie de la LRU. « On doit ensemble se
réapproprier l’idée d’un service public digne de ce nom. Juste et solidaire ».
Un appel entendu et scellé à une large majorité dans l’une des trois premières motions votées. Tout comme l’appel à la densification de la grève. Quelques instants avant la fin
des trois premières heures de ce débat citoyen, une future maman s’inquiète. « Quand il faudra payer l’école maternelle à nos gamins qui pourra le faire ?
»
Cri d’alarme
Un cri d’alarme parfaitement relayé par ce chercheur à la démonstration fracassante. « Il existe deux façons de briser l’école publique. Soit on subventionne le privé, on prône
tout haut la mise en concurrence directe et on se prend les syndicats en pleine gueule. Soit on agit en douce. On coupe les moyens, on masterise et on supprime les concours. Que
peut alors différencier l’école publique de l’école privée ? »
Imparable. A l’image de la remarque d’un collègue sur le mépris affiché par le ministère à l’égard des enseignants chercheurs. « Notre statut date de la loi de Chevènement de
1981. Elle pointait cinq fonctions du doctorant : la diffusion des connaissances, l’expertise, la valorisation (brevets), l’enseignement et la recherche. Là, on voudrait nous
contenir à ne faire que de l’enseignement ou que de la recherche ».
Quelques minutes plus tard, l’AG est levée. L’amphi se vide. Et tandis que les sorties bouchonnent, on devine presque les doigts croisés pour que l’essai se transforme les jours
suivants. Il n’y aura pas de crampe. Deux jours après, 2 000 personnels et étudiants déferlent dans les rues de Montpellier. Cet après-midi, ils seront sans doute plusieurs
milliers à Paris devant le ministère.
Reportage Rémy Cougnenc
Photos David Maugendre
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