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Politique - Article paru le 4 février 2009 dans l'humanité

 

Ces manifs qui offensent Sarkozy !



Élysée . Le président de la République conjugue désormais la tentation autoritaire à la répression des mouvements sociaux dont il se dit irrité.


« Casse-toi, pauvre con » : la réplique de Nicolas Sarkozy à un participant du Salon de l’agriculture a fait florès. Lors des manifestations de la semaine dernière, nombreuses étaient les pancartes reprenant entre guillemets la formule sarkozyste, comme on se complaît à citer des mots d’auteur. Le mot en question avait choqué dans la bouche du plus haut représentant de l’État. Aujourd’hui, elle prend, à la lumière de nouveaux développements, une dimension prophétique sur la posture du chef de l’État où le mépris fait désormais bon ménage avec un autoritarisme exponentiel. De là à tenter de casser tous les contre-pouvoirs existant dans la société française, il y a plus qu’un pas, que Nicolas Sarkozy semble bien décider à franchir.


Rien d’anecdotique


« Casse-toi pauvre con » ? Le tarif est maintenant connu : passage par la case Justice. Pour offense au chef de l’État. Le chapitre des libertés publiques mises en cause prend du volume. Difficile d’en dresser une liste exhaustive tant les faits se multiplient. On retiendra, pour la seule dernière période, les réformes institutionnelles visant à museler le droit d’expression des parlementaires, ou encore le projet, avec la fusion des départements et des régions, de suppression d’un échelon de démocratie de proximité qui a le tort d’être dirigé par la gauche via le suffrage universel. Tout aussi grave est la volonté de, au mieux, faire taire les exigences sociales, au pire faire qu’on ne les entende pas. « Aujourd’hui, lorsqu’il y a une grève, on ne s’en aperçoit plus », se réjouissait le président Sarkozy après avoir instauré un service minimum ». Le 29 janvier est passé par là, précédée par l’affaire de Saint-Lô (Manche) qui avait donné le ton élyséen. Le 12 janvier, Nicolas Sarkozy était venu prononcer un discours. Accueil par des manifestants. Notamment pas mal d’enseignants. Sifflets et banderoles contestataires d’une politique jugée pas bonne du tout. Le président fut irrité, dit-on. Quelques heures plus tard, la sanction tombe : le préfet et le directeur de la police sont mutés sans autre forme de procès. « Faits du prince », dénoncera le Modem. « Scandaleux. Une pratique d’un autre temps », s’insurgera un sénateur UMP, président du conseil général. Idem de la part des élus PS ou PCF. Rien d’anecdotique. Mais un signal donné pour une répression impulsée par l’Élysée par le biais des préfectures et de la justice.


Tarif sarkozyste


Retour à Saint-Nazaire, le 29 janvier. Dès potron-minet, des CRS quadrillent la ville. Sans discrétion. Début d’après-midi : quelque 25 000 personnes dans les rues, de la place de l’Amérique-Latine à la sous-préfecture. Là, une quinzaine de CRS. Provocations ? Tous les témoins oculaires sont d’accord sur un point : la disproportion. Lacrymogènes, jets de pierre. Trois heures de violence. Seize arrestations. Un blessé grave parmi les manifestants. Comparution immédiate pour quatre d’entre eux. Tarif sarkozyste : deux écopent de 4 mois, deux autres de 3 mois. Ferme. Parmi les seize, l’un d’entre eux devra comparaître le 10 mars pour offense au chef de l’État. Disproportion des faits. Disproportion de la répression. Saint-Nazaire, un cas expérimental ? Hier, on apprenait qu’un lycéen de 19 ans, interpellé le 11 décembre lors d’une manifestation lycéenne, venait d’être lui aussi condamné à deux mois de prison avec sursis, 105 heures de travail d’intérêt général (TIG) et 300 euros d’amende. Motif : refus de se soumettre à un prélèvement d’ADN après avoir renversé une poubelle.


Hasard ou convenance personnelle présidentielle ? À Laval, un manifestant condamné en novembre à une amende de 30 euros pour avoir brandi une affichette portant la mention « Casse-toi, pauvre con », lors d’un déplacement présidentiel, est aujourd’hui à nouveau traduit en justice devant la cour d’appel d’Angers.


Dominique Bègles

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Tag(s) : #Politique
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