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Article paru le 31 janvier 2009 dans l'Humanité

 

Après le 29 janvier : Sarkozy est au pied du mur !

Social . L’Élysée feint de ne voir dans la mobilisation de jeudi qu’une manifestation d’inquiétude, et non la contestation de sa politique. Les syndicats se réunissent lundi sur les suites à donner au mouvement.


Le bras de fer ne fait que commencer. Les premières réactions de l’Élysée ne laissent guère de doute : l’exceptionnelle mobilisation réussie par les syndicats jeudi aura des prolongements. Rompant un silence aussi long qu’inhabituel chez lui, le chef de l’État a fait savoir, dans un communiqué jeudi soir, qu’il y avait vu l’expression d’ « une inquiétude légitime ». Enfonçant le clou, hier matin sur RTL, son conseiller pour les Affaires sociales, Raymond Soubie, parlait d’une « manifestation des angoisses ». Avant d’asséner : « Le président maintiendra le cap » des réformes. Seule concession, Nicolas Sarkozy rencontrera les « partenaires sociaux » en février afin, dit-il, « de convenir du programme des réformes à conduire en 2009 et des méthodes pour le mener à bien ».

L’Élysée feint, ainsi, de ne pas avoir saisi le message de la journée du 29. Deux millions et demi de personnes ont manifesté, jeudi, dans 195 villes, selon la CGT. Si certains discutent cette estimation, personne ne conteste que le niveau de la participation aux défilés était comparable aux sommets atteints en 2003, contre la réforme des retraites, en 2006 contre le CPE, voire en 1995 contre le plan Juppé sur la Sécurité sociale. Massifs à Paris, Marseille, Lyon ou Toulouse, les cortèges ont eu une ampleur plus impressionnante encore dans les villes moyennes ou petites . Et tous les témoignages mettaient en évidence leur très grande diversité : enseignants, hospitaliers, cheminots, postiers, électriciens et gaziers côtoyaient de très nombreux représentants du secteur privé, des retraités, des étudiants et des lycéens… Mais aussi des professions peu habituées à défiler, policiers, magistrats, salariés de théâtres… Autre fait non moins marquant : la représentation, aux côtés de grands groupes industriels et de la fonction publique, du tissu très dense des petites et moyennes entreprises, malgré la faiblesse des syndicats dans ce secteur. Beaucoup de manifestants le confiaient : le 29 janvier, c’était leur première manif. Et parfois, aussi, leur première grève. Impossible d’ailleurs de dénombrer les arrêts de travail, souvent fortement suivis, auxquels cette journée a donné lieu.


Contestation dans l’air


Quant aux motivations de cette mobilisation, il suffisait d’ouvrir ses oreilles pour se rendre rapidement compte qu’elles ne relevaient pas de la simple « inquiétude ». Il y avait bien du mécontentement, de la contestation dans l’air. À l’image des hospitaliers rejetant le discours de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, pour qui l’hôpital ne souffrirait pas d’un manque de moyens mais de désorganisation, ou des enseignants dénonçant la liquidation des RASED, c’est l’ensemble de la politique, des « réformes » sarkozystes contre les services publics qui étaient dans le collimateur. Tout comme l’injustice flagrante de la politique « anticrise » du gouvernement, consistant à déverser des milliards d’euros d’argent public dans les coffres des banques et de grandes entreprises, sans exiger de véritables contreparties, ni se doter des moyens de contrôler leur utilisation. Tout en laissant les salaires, les retraites, les minima sociaux à la diète.


Changement de la donne


Jusqu’à quel point Nicolas Sarkozy feindra-t-il la surdité ? Une chose est sûre : au lendemain de ce 29 janvier, la donne n’est plus tout à fait la même. Après un an et demi d’un sarkozysme sûr de lui et dominateur, le mouvement social a repris l’initiative, avec le soutien d’une gauche qui a retrouvé des couleurs. La marge de manoeuvre pour un président expert en discours trompeurs, en pseudo-concertations est notablement rétrécie. Réagissant jeudi soir à l’annonce d’un prochain rendez-vous à l’Élysée, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, enregistrait, avant de mettre en garde : « S’il s’agit, comme je crains de le comprendre, de discuter de l’agenda des réformes que le président de la République a dans ses tiroirs, nous serons très largement en décalage avec ce que porte cette journée et la discussion n’ira pas très loin. » Pour la CGT, le chef de l’État et le patronat « doivent entendre les revendications » et « ouvrir les espaces de négociations permettant de traiter » l’ensemble sujets abordés dans la plate-forme unitaire des syndicats : emploi, salaires, retraites, aides publiques aux entreprises, service public, protection sociale…

Résolue à « consolider le rapport de forces et l’unité », la CGT « proposera de nouvelles initiatives » à ses homologues lors d’une réunion intersyndicale lundi consacrée aux suites à donner au 29.


Yves Housson

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Tag(s) : #Politique
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