photo bruno isolda
Manifestation. A l’appel de huit organisations syndicales, le Var a écrit une nouvelle page de
son histoire sociale : près de 27 000 personnes ont défilé hier à Toulon. Historique.
En regardant la foule qui se pressait hier matin entre place de la Liberté et boulevard de Strasbourg, la réponse de la rue à la crise et à la politique gouvernementale est
allée au-delà de toutes les espérances. Environ 27 000 personnes sont venues battre le pavé toulonnais, tandis qu’ils étaient grosso modo 3000 à se rassembler à Draguignan (lire
par ailleurs), pour défendre les services publics, l’emploi et le pouvoir d’achat. On pense à 1995, 2003 ou encore à 2006 contre le CPE.
Historique ? assurément, déclare Sylvain Brossaud, secrétaire général de l’UD CGT 83, du haut de son camion. C’est bien une marée humaine à la taille de Toulon qui s’est
mobilisée hier matin, affluent de tout le département. Un défilé qui a convergé de la place de la Liberté vers le Palais de justice où les retraités, unitaires, s’étaient
rassemblés. Puis direction l’entrée Est de la ville, le port, le Champ de Mars et la Préfecture.
La mobilisation s’est faite dans les secteurs publics : l’éducation de la maternelle à l’université, les transports (RMTT), la santé (hôpitaux hyérois et toulonnais) dont
certains agents ont sorti les chaises roulantes pour défiler, la Poste, la Sécu, l’Energie, les Territoriaux, la Préfecture, les Impôts, le Pôle Emploi, la Répression des
fraudes ou encore l’audiovisuel. Mobilisation aussi dans la Défense : à l’AIA Cuers Pierrefeu où 500 emplois sont supprimés ; à l’Arsenal où DCNS est menacé de saucissonnage ;
au Commissariat de la Marine où les personnels ont occupé le matin même le bureau de leur direction… Surtout, c’est le privé qui s’est fortement fait remarquer : banques,
commerces, grande distribution (de la Fnac à Conforama), l’automobile avec Renault, la métallurgie, la santé privée… Tous accompagnés par de nombreux élus et partis de gauche
(PCF, PS, Verts ou encore NPA). Par des associations aussi. Lycéens et étudiants n’ont pas manqué non plus ce rendez-vous, notamment ceux de l’IUT de La Garde, mobilisés contre
la loi LRU. Le monde du spectacle n’est pas en reste: les artistes du festival de cirque de La Seyne ne se sont-ils pas mis en grève pour manifester ? A la Seyne justement, où
un seul enfant s’est présenté dans le cadre du service minimum d’accueil… « Il s’agit bien là d’un beau jeudi… Un jeudi qui appartient aux salariés et au peuple qui viennent
dire leur refus de payer la crise alors qu’ils n’en sont nullement responsables », conclura Sylvain Brossaud. En attendant la suite.
G. DE SAINT VULFRAN
Manif. A Draguignan, salariés du public et du privé, lycéens et retraités ont massivement participé au départ musclé
d’un mouvement appelé à durer.
En avance sur l’heure prévue du rendez-vous, les manifestants se massaient aux abords de la sous-préfecture dès 10h00 hier matin. Signe d’une mobilisation imposante. Ils étaient
4000 à défiler selon les organisations syndicales, 2200 selon les forces de police. Les estimations les plus optimistes de ces derniers jours ont en tous cas largement été
dépassées. Partis du rond-point du 4 septembre, le cortège a remonté le boulevard Clemenceau, l’avenue Carnot, jusqu’au rond-point Charles De Gaulle, avant de regagner son point
de départ. En tête de file, les lycéens ont donné de la voix. Enseignants du premier et du second degré étaient aussi venus en nombre. Pour Draguignan, le SNUIPP local estime le
taux de grévistes à 62% pour les élémentaires et 52% pour les maternelles. Parmi les salariés du services public, on comptait aussi les personnels de la fonction publique
territoriale (CAD, mairie de Draguignan…), de l’hôpital, de la Défense, des impôts... Les postiers aussi s’étaient mobilisés. Le privé n’était pas en reste, à l’image de la
délégation CGT des céramistes de Salernes. Salariés du commerce, de l’industrie et du milieu associatif étaient également représentés. Sans être exhaustif, on a aussi pu noter
la présence du Mouvement Français pour le Planning Familial et de quelques étudiants de l’IUFM parmi les manifestants. Militants syndicaux (CGT, FSU, Solidaires, FO, Unsa, CFDT,
CFTC…), politiques (PS, PC, NPA, Verts) et associatifs sont au rendez-vous. Venus de Draguignan et des communes alentours mais aussi de la zone littorale et du Haut-Var. Cette
journée d’action a su fédérer en Dracénie et plus largement dans l’est var. Derrière l’intersyndicale qui appelait à la grève hier, tous les manifestants exprimaient une même
volonté de changement et de justice sociale. Un mouvement appelé à durer et à se renforcer, selon la section de Dracénie du parti communiste. « On constate aujourd’hui que la
majorité des salariés, toutes corporations confondues, refuse les réformes engagées par le gouvernement. C’est donc une journée d’action réussie. Mais ce n’est qu’une première
étape pour créer un mouvement de résistance encore plus fort et encore plus large. Le monde du travail s’aperçoit des graves dérives du capitalisme. Il faut changer le système
», soulignait les communistes de Dracénie. Déjà, les syndicats réfléchissent aux suites qui seront données au mouvement. Une assemblée générale des grévistes devait se tenir
hier après-midi à Draguignan.
G.L.
Témoignages
« Comment il dit Sarko, déjà ? Que lorsqu’il y a une grève en France ça ne se voit plus. Eh bien, aujourd’hui, on nous voit », lâche Rémy, lycéen. « Ce qu’on veut maintenant,
c’est être écoutés et entendus », ajoute-t-il en chœur avec Charlotte et Fanny. Les deux jeunes filles sont elles aussi remontées. Elles ont rejoint le cortège pour s’adresser
au ministre de l’Education nationale : « Il a reculé sur la réforme, mais c’est pour mieux sauter. Il l’a dit clairement : il a pris cette décision en raison de l’ampleur du
mouvement ». Pour le petit groupe de lycéens, une chose est certaine : « la suppression de postes d’enseignants est incompatible avec un enseignement de qualité ». Estimant
qu’il faut « réformer le système scolaire », ils considèrent néanmoins que le tournant engagé par le gouvernement ne va pas dans le bon sens. « La manifestation d’aujourd’hui
est très encourageante et nous continuerons tant qu’il le faudra », préviennent-ils. Du côté des salariés, certains sont là, comme Simon, employé dans la grande distribution à
Ollioules, pour envoyer un message à leur direction : « On prépare les NAO et on veut montrer qu’on ne lâchera pas l’affaire. Ce dont on souffre surtout, ce sont les salaires.
Nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à dépasser 1000 euros, et 35 heures de caisse, c’est très dur… ». Quant à Céline, infirmière, c’est un « ensemble de choses », le «
ras-le-bol », qui l’a poussée dans rue hier. « Je suis infirmière. A une époque je considérais que je gagnais relativement bien ma vie, je ne peux plus le dire aujourd’hui ».
Pour ce qui est de ses conditions de travail, elle constate qu’en « cinq ans, la situation s’est énormément dégradée. Je suis à la médecine du travail qui, en quelque sorte, est
un baromètre. Avant, c’était surtout dur en intrahospitalier. Dorénavant, ça touche toutes les sphères ». D’une manière générale, elle ressent un sentiment, désagréable et
largement partagé : « On nous prend pour des imbéciles ». « Ce sont toujours les mêmes, les classes moyennes, à qui l’on demande de payer le plus lourd tribut et de se serrer la
ceinture. Il est injuste que les richesses soient si mal réparties ». Eric, salarié de France 3, est là d’abord pour « [sa] fille », qu’il désigne d’un signe de tête. Parce
qu’il est « inquiet pour l’avenir ». Il est aussi là pour la défense des services publics, et naturellement celui de l’audiovisuel. « La suppression de la seconde diffusion de
France 3 Var nous a fait passer de 60.000 auditeurs à 20.000. Nous craignons que l’on finisse par nous dire : on ne va pas payer dix personnes pour ça » et qu’à terme ce soit la
locale qui disparaisse.
D’autres sont là, comme Simon, employé dans la grande distribution à Ollioules, pour envoyer un message à leur direction : « On prépare les NAO et on veut montrer qu’on ne
lâchera pas l’affaire. Ce dont on souffre surtout, ce sont les salaires. Nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à dépasser 1000 euros, et 35 heures de caisse, c’est très dur…
».
PROPOS RECUEILLIS
PAR AGNES MASSEI
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