A Marseille, une mobilisation inédite depuis 2003 !
Le reportage de notre correspondant
« C’est le bordel, c’est bon signe ». Il est à peine dix heures - alors que le cortège doit démarrer une demi-heure plus tard - mais ce vieux routier des manifestations marseillaises
a déjà deviné. Aujourd’hui, ce sera un très grand cru. Il ne s’est pas trompé. Les Postiers descendent de la rue de la République tandis que les élèves de l’IUFM sont déjà postés sur la
Canebière. Les salariés d’Arcelor sont en place devant la chambre de commerce et d’industrie tandis que magistrats, avocats et éducateurs quittent ensemble – une grande première – les marches
du palais de justice.
Toujours championne de la galéjade, la police n’a vu que 20.000 manifestants. Les organisateurs annoncent entre 200 et 300.000 manifestants. Ce qui est certain c’est que le dernier mécontent a quitté le Vieux-Port à 13h30, trois heures pile après la banderole de tête. C’est dire. Personne ne conteste d’ailleurs que la deuxième ville de France a connu son plus grand rassemblement depuis 2003 et la manifestation contre la réforme des retraites. « C’est simplement exceptionnel, se réjouit Mireille Chessa, secrétaire départementale de la CGT. C’est un coup de semonce important pour le patronat et le gouvernement. Dans cette crise, ne pas augmenter les salaires et sauvegarder les emplois, c’est prendre l’autoroute à contre-sens alors que le monde du travail est sur l’autoroute dans le bon sens ».
Pour la première fois depuis des années également, FO participait au défilé commun. « En tant que syndicat, nous n’avons jamais autant déposé de préavis de grève, précise Alain Comba. Les salariés ne veulent pas être les dindons de la farce. On a toujours en tête « les caisses sont vides » d’il y a un an et les milliards d’euros trouvés à l’automne ».
Le plus impressionnant dans ce défilé réside peut-être moins dans sa masse que dans sa diversité. Des sidérurgistes, des dockers, des postiers, des hospitaliers, des profs, des lycéens, des sans-papiers, des chômeurs, des employés du commerce, des marins, des employés territoriaux, des intermittents du spectacle, des travailleurs sociaux, des agents du Trésor… A l’image de la mobilisation syndicale, tous les partis politiques de gauche étaient massivement présents. Comme s’il s’agissait de la manif des manifs.
A titre de symbole, les salariés de la RTM (régie des transports marseillais) sont de retour sur le devant de la scène sociale trois ans après le long mouvement contre la privatisation de la gestion du tramway. « Nous avons simplement les mêmes raisons de manifester que l’ensemble des salariés de Marseille et du pays : les salaires, explique Georges Chahine, secrétaire CGT. Tout le monde en a ras le cul ». Voilà qui est dit.
La présence du privé n’a peut être jamais été aussi forte, à l’instar de la mobilisation dans le
secteur du commerce. Jocelyn, employé de la Sodexho : « Certains sites sont totalement fermés comme la base aéronavale de Cuers (Var), d’autres partiellement. L’état d’esprit est
vraiment à la révolte. Nous subissons souvent le temps partiel et nos salaires sont au ras des pâquerettes. Depuis des années, on nous demande de patienter. On voit nos actionnaires toucher des
dividendes et nous : RIEN ».
Christophe Deroubaix
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