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International - Article paru le 26 janvier 2009 dans l'Humanité


Face à la crise, le PCF prolonge le débat sur les alternatives !



Clôturant trois jours d’initiatives sur plus de 400 sites dans le pays, des fédérations et des sections communistes ont organisé des débats publics sur la crise. Reportages dans l’Isère et à Paris.


Grenoble : l’exemple
de Caterpillar


Crise importée des États-Unis ou symptôme de la fin d’un cycle, celui du capitalisme de modèle nord-américain ? Ces questions et quelques autres encore ont été posées et des réponses esquissées, vendredi soir, à Grenoble, lors d’un débat public auquel la fédération communiste avait invité citoyens, représentants de partis de gauche et d’associations progressistes. Deux cents personnes ont répondu présent, en présence de deux économistes, Robert Gerbier et Alain Dondaine.

Des millions de familles modestes à qui l’on fait miroiter l’espoir de posséder leur maison en contractant un crédit hypothécaire, et qui, surendettées seront contraintes de vendre leur bien à vil prix. « Nous sommes au coeur de la contradiction du capitalisme à l’heure de la mondialisation », a expliqué Alain Dondaine. Pour répondre à l’appétit insatiable de l’actionnaire et dans un contexte de mise en concurrence des travailleurs, on fait pression sur les salaires. Mais pour écouler les produits aux mêmes salariés, on les incite à l’endettement. « Quand les capacités d’endettement sont affectées, que l’inquiétude détourne de la consommation, la spirale de la crise est enclenchée. » Pour Bernard Gerbier, qui estime que la crise économique a précédé la crise financière, plutôt que de « recapitaliser les banques, il vaut mieux solvabiliser les populations ». Un dirigeant d’une PME du bâtiment dénonce la mise en concurrence des salariés : « On trouvera toujours de par le monde des ouvriers qui acceptent des salaires plus bas. »

Un artisan, sous-traitant de Caterpillar (engins de chantier), a expliqué alors que les commandes de pièces sont en diminution importante. Caterpillar, qui emploie 3 000 salariés à Échirolles et à Grenoble, est la première préoccupation sociale dans l’agglomération grenobloise. Le groupe, également installé au Japon et au Brésil, a annoncé six cents licenciements sur son site français après six semaines de chômage partiel. Les élus communistes et l’intersyndicale (CGT, FO, CFDT, CFTC) ont rencontré le préfet et ont exigé la tenue d’une table ronde (direction, syndicats, élus, pouvoirs publics). Dans le débat, Patrice Voir, conseiller régional, et la sénatrice Annie David ont rappelé que le groupe vient de verser des dividendes en hausse de 17 % aux actionnaires, et ils ont dénoncé le chantage de la direction : « seulement » 450 licenciements en échange d’une annualisation du temps de travail. Des élus locaux communistes, membres du Parti de gauche et du MRC, ont fait mesurer les conséquences de la politique de la droite sur les collectivités territoriales. « Faire jouer aux banques leur rôle dans le financement de l’économie, instaurer un pôle public financier, utiliser le crédit pour favoriser l’emploi, un vaste champ d’action et de rassemblement », estime Jérôme Marcuccini, le jeune secrétaire départemental du PCF.


Paris : le travail et les banques en question


À Paris, un débat était aussi organisé, samedi, par la section communiste du 20e arrondissement sur la crise financière. Plus d’une centaine de participants s’y sont massés, obligeant à se serrer dans l’entrée et au fond de la salle, prévue pour moitié moins… Un succès qui fait la démonstration que « la crise n’est pas une affaire compliquée dans laquelle il faudrait faire confiance au pouvoir comme il veut le faire croire », résume Patrice Bessac, secrétaire fédéral parisien. Pour Amar Bellal, responsable de la section, « dans une crise aussi grave du capitalisme, la gauche et le Parti communiste sont forcément interpellés sur les réponses à apporter ». À leur côté, pour en parler, Denis Durand, économiste communiste, et Bernard Friot, universitaire. Le second embraye immédiatement sur la question, centrale à ses yeux, d’un « nouveau statut du salarié » pour « en finir avec l’appropriation privée du travail ». Il s’agirait d’attribuer à chacun, « dès la sortie de l’école, une qualification et un salaire en rapport », indépendamment de l’emploi que son patron lui octroie, un peu sur le modèle de la fonction publique. Une proposition qui rappelle celle de droits attachés au salarié dans la « sécurité sociale professionnelle » portée par la CGT, ou encore celle du PCF de sécurisation de l’emploi et la formation tout au long de la vie. Bernard Friot le conteste cependant : « L’ambition d’un projet communiste ne peut être de sécuriser les salariés », selon lui.

Un débat que Denis Durand n’entend pas esquiver : « D’accord avec Bernard Friot sur le dépassement du marché du travail, mais la question de la sécurité n’est pas à balayer. Elle est revendiquée par les salariés, car ils sont intrinsèquement précaires. » Pour lui, « la croissance monstrueuse des marchés financiers » est responsable de la crise, générant « une suraccumulation de capital sans rapport avec les profits que l’on peut extraire du travail des salariés ». D’où la nécessité, plaide Denis Durand, de s’attaquer au « marché sur lequel s’adosse le pouvoir du capital : le marché de l’argent », par une politique nouvelle, sélective, du crédit bancaire au service de l’emploi et de la formation et non de la croissance financière. Un socle pour des convergences nouvelles, comme avec le Parti de gauche, représenté samedi par sa coordinatrice parisienne, Danièle Simonnet, approuvant les idées d’« un pôle bancaire public et de la remise en cause des missions de la BCE ».

Deux heures de débat qui furent certes trop courtes pour répondre à toutes les questions du public : « Comment fonctionnent les marchés financiers ? », « Y a-t-il un bon et un mauvais capitalisme ? », « Que peut l’Europe pour les travailleurs ? », « Quel usage des gains de productivité ? »… Pour les militants du 20e, l’expérience, encourageante, appelle des prolongements.


Sébastien Crépel (Paris) et Jean-Paul Piérot (Grenoble)

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Tag(s) : #Economie
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