La prise en charge de la difficulté scolaire s’est développée en France après la seconde guerre
mondiale. (Photo MIGUE MARIOTTI)
29 janvier. Laurence Baussant, maître E au sein d’un RASED est en grève jeudi. Elle
manifestera pour le devenir de l’éducation.
En annonçant qu’il ne supprimerait plus que la moitié des 3.000 postes de Rased (Réseaux d’aides
spécialisés aux élèves en difficulté), Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale n’est toujours pas parvenu à calmer la colère de Laurence Baussant, maître E et membre
d’un réseau détaché sur les écoles d’Aubagne et de sa région. « C’est un faux recul et un vrai trompe l’œil. »
D’un point de vue budgétaire, la mesure préserve encore une partie des postes, mais entraîne la disparition d’une fraction des enseignants affectés à ce
dispositif qui était apparue en 1990 avec les CMPP (centre médico psychologique). Ce sera la mesure de trop d’un gouvernement qui se mettra rapidement à dos enseignants et
parents d’élèves.
A la rentrée de septembre, une partie des postes changera totalement d’affectation. L’enseignant sera directement rattaché à une école en qualité de maître
surnuméraire. « Nous ne ferons plus du tout le même travail. Nous allons improviser. » Les enseignants seront privés de leur réseau, abandonneront leur spécificité pour ne plus
faire que de la pratique et se priver de réflexion. « On perd le R de réseau. » C’est la fin à terme d’une prise en charge spécifique de la difficulté.
84 des 300 emplois d’enseignants de RASED seront supprimés sur l’Académie. A terme, les maîtres E et G (chargé pour l’un des difficultés d’apprentissage et
pour l’autre des difficultés d’adaptation à l’école) vont se retrouver comme des enseignants ordinaires.
La disparition de ces métiers revient à dire que tous les enseignants peuvent faire tout et n’importe quoi. C’est en partie ainsi qu’a été mis en place au
début de l’année scolaire, l’aide personnalisée. Une demi-heure de soutien pour venir en aide aux élèves.
Laurence Baussant, qui est présidente d’une association regroupant les maîtres E du département manifestera jeudi matin pour défendre le service public
d’éducation. La fin des réseaux peut conduire à de nouvelles difficultés. C’est notamment vrai pour l’enseignant qui se trouvera bien seul face à la difficulté scolaire. Les
réseaux procuraient à l’enseignant une soupape qui lui permettait bien souvent de se déculpabiliser et à l’élève de se sortir de ses difficultés. « On sait qu’il y aura de plus
en plus de difficultés, et que ce sera de plus en plus difficile » assure sans tomber dans la psychose l’enseignante.
Jeudi, elle manifestera comme elle l’a toujours fait sous la banderole « défendre les réseaux ». On la reconnaîtra avec son gilet jaune fluo, convaincu qu’il
faut « sauver les Rased, pour éviter la grande souffrance des élèves et des professeurs ». Le pire serait que le traitement de la difficulté tombe entre les mains d’officines
privées. Et ça, l’enseignant ne peut pas s’y résigner.
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