Les professeurs de médecine interpellent Sarkozy !
Santé . Des professeurs hospitaliers universitaires, des médecins, des cadres infirmiers ont écrit une lettre au chef de l’État pour demander le retrait du volet hôpital du projet de loi.
Le mécontentement des professionnels de la santé gagne du terrain à mesure qu’approche le débat parlementaire sur le projet de loi hôpital, patients, santé, territoire. Aujourd’hui, il dépasse
même allégrement les clivages syndicaux, politiques et socioprofessionnels. Ainsi hier, un groupe, composé de 400 médecins professeurs d’université, de praticiens hospitaliers et de cadres
infirmiers, a adressé une lettre au président de la République pour demander le retrait du volet hôpital du projet de loi et l’instauration d’un débat national. « Nous vous demandons de
dissocier les articles consacrés à l’hôpital du reste du projet et de programmer l’adoption ultérieure par le Parlement d’une vraie loi de réforme hospitalière dont a besoin notre système de
santé. (…) Il nous paraît nécessaire d’organiser au préalable un large débat national sur le devenir de l’hospitalisation publique », écrivent les signataires de cette
lettre.
Des critères de rentabilité
En juin dernier, le professeur André Grimaldi, chef du service de diabétologie à La Pitié-Salpêtrière, avait déjà lancé un appel pour sauver l’hôpital public. Mais face à la détermination du
gouvernement à vouloir imposer sa réforme, les médecins sont revenus à la charge.
« Notre inquiétude face au projet de loi tient au fait qu’il ne porte pas sur l’organisation et la qualité des
soins, écrivent les signataires. Il se préoccupe essentiellement de la nécessité de renforcer le pouvoir de gestion pour atteindre l’égalité tarifaire avec les cliniques privées commerciales
prévue pour 2012. Cette perspective de convergence entre le secteur public hospitalier et le secteur privé se fera essentiellement sur des critères de rentabilité financière, au détriment des
malades « non rentables ». Partout sont programmées et mises en oeuvre des réductions des effectifs médicaux et paramédicaux. À ce rythme, il se pourrait qu’en 2012 l’hôpital public
ne soit pas renforcé et mieux organisé, mais au contraire affaibli et déstructuré. C’est pourquoi, devant l’importance de la restructuration hospitalière à mettre en place, il ne semble pas
raisonnable de limiter cette réforme aux seuls articles du projet de loi », expliquent les professionnels de santé.
Démolition de l’hôpital public
« Ce que nous demandons, résume André Grimaldi, c’est de retirer le volet hôpital de la loi. Ce que dit la loi n’est pas bon. Il est grave de penser que l’hôpital peut être géré comme une
entreprise. Et au-delà, nous sommes très inquiets sur ce qu’elle ne dit pas et ce qu’elle cache : toutes les mesures, notamment le rapprochement public-privé, sont dictées par la
rentabilité. Et ce critère amènera à fermer des services et supprimer encore des postes. C’est une logique de business. » La Fédération hospitalière de France a d’ailleurs estimé que si la
convergence public-privé était appliquée, cela entraînerait une baisse de 30 % des budgets des hôpitaux d’ici 2012.
« On ne comprend pas cette entreprise de démolition de l’hôpital public », surenchérit la professeure
Marie-Germaine Bousser, chef du service neurologie à l’hôpital Lariboisière de Paris. Et de donner pour exemple : « 98 % des accidents neuro-cérébraux sont pris en charge dans le
public ; le privé n’en voulant pas, car ces pathologies ne sont pas rentables. » Que va-t-il advenir de tous ces patients non rentables avec cette réforme, s’interroge-t-elle. Comme
l’a rappelé Bruno Devergie, praticien hospitalier à l’hôpital de Creil (Oise), « nous sommes tous signataires de cette lettre pour dire que tous les hôpitaux vont mal, pas seulement les
CHU ».
Alexandra Chaignon
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