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Vraie récession et fausse relance !


mercredi 21 janvier 2009 / "le Patriote"

Toutes les pirouettes de madame Lagarde n’y feront rien : la récession est là. Les prévisions de la Commission Européenne pour 2009 le confirment : avec un recul du PIB de 1,8% prévu pour la France. (1) Les déficits publics se creuseraient à plus de 5% du PIB, et le chômage verrait son taux passer de 7,8% de la population active fin 2008 à 10,6% en 2010.

Aux niveaux européens et mondiaux, les mêmes tendances sont à l’œuvre. Avec une récession prévue de l’ordre de -1,9% du PIB pour la « zone euro » par exemple. (2) La question des mesures et des moyens à mettre en œuvre pour une véritable efficacité anti-crise est logiquement au cœur des choix politiques de ce début 2009.

Comme toujours depuis l’accélération de cette crise systémique du capitalisme, des chiffres astronomiques circulent : un plan de relance de 850 milliards de dollars annoncé par l’équipe Obama aux Etats-Unis ; plusieurs dizaines de milliards de Livre Sterling pour le deuxième « plan de sauvetage » des banques britanniques, après 300 milliards en octobre ; et 428 milliards engagés ou annoncés en France, dont les 26 milliards du plan de relance. Ces chiffres, nos gouvernants les noient sous des discours d’une « année 2009 dure pour tout le monde », voire même de « père fouettard » vis-à-vis des banques (3). Derrière la paille des mots, il y a urgence à chercher le grain des choses !


Ce que révèlent les chiffres


D’abord la profondeur de la crise de ce capitalisme financiarisé. A la fois le gigantisme et la multitude de ces créances à risques, « toxiques » ou « pourries », qui sont au cœur du bilan des banques et des institutions financières, lesquelles dominent l’économie et l’actionnariat des grandes entreprises.

Ensuite une gigantesque arnaque qui s’opère sous nos yeux. Résumons : les Etats, donc le Trésor Public, vient au secours des banques. Pour le faire, ces Etats empruntent sur les marchés financiers des sommes considérables et les prêtent aux banques. Sarkozy nous dit « les banques paierons des intérêts aux Etats ». Peut-être, mais l’Etat lui supporte les frais aggravés de la dette publique, au profit de ces mêmes banques ! En quelques sortes il y a un échanges de financements : l’apurement sur fonds publics de « créances privées pourries » contre de saines « Obligations du Trésor » pour les banques, compagnies d’assurances, et institutions financières.

De même les Banques Centrales ont abaissé considérablement le taux d’intérêts de leurs crédits et avances aux banques. Pour la Banque Centrale américaine, c’est même un taux quasi zéro ; 1% en Grande Bretagne et 2% pour la BCE. Mais les banques commerciales sont très loin d’avoir abaisser dans les mêmes proportions les taux d’intérêts pour les crédits aux ménages et aux entreprises. Elles se renflouent donc actuellement à la fois sur le dos des Etats et des Banques Centrales d’une part, des ménages et des entreprises, notamment les PME, d’autre part.


La question du salaire


Et dans le même temps, comme de premières estimations l’indiquent, le déficit de la sécurité sociale se creuse (10 milliards d’euros pour 2008 au lieu des 9 prévus), et ce déficit est annoncé à 12 milliards voire 15 milliards d’euros pour 2009, « en raison d’une masse salariale en progression nulle, voire négative ». Cette progression « quasi nulle voire négative » est évidemment une question clé. Dans les conditions de l’éclatement de la crise, il y a le recul de la part relative des richesses crées allant à la rémunération directe et indirecte du travail des salariés. Lesquels sont aussi au premier rang des victimes de la crise par les licenciements, les suppressions d’emplois précaires, la pression à la baisse sur les rémunérations.(4) Si il y a bien un mot « tabou » dans tous les plan de relance agités, c’est bien celui de « salaire ». Or, donner une vraie priorité aux dépenses pour le travail, l’emploi, les salaires, la qualification, c’est l’antidote essentiel pour agir contre la crise. Pourtant c’est ignoré des plans de relance.


Les faiblesses des « plans de relance »


Toutes les marges financières dégagées depuis des mois vont au secours de la rentabilité des capitaux les plus puissants, principalement financiers, sans effets véritables sur l’économie productive. Toutes ces masses financières déversées seront largement infructueuses car sans critères contraignants dans l’utilisation de cet argent. Tout en plombant durablement les finances publiques.

Comment ne pas souligner également, qu’inversement au flot de discours sur la « régulation » voire la « refondation » du capitalisme, six mois après l’accélération de la crise, aucune mesure significative n’a été prise vis-à-vis de pratiques financières détestables. (Vente à terme, titrisation, etc…) De même que les « paradis fiscaux » coulent toujours des jours heureux.

Pendant la crise, les politiques de régression en matière d’emplois de services publics continuent. On le voit en France avec la réforme des hôpitaux publics, les fermetures de bureaux de postes, ou les 30.000 suppressions d’emplois.


L’affaire des « contreparties »


Aujourd’hui Sarkozy affirme « vouloir mettre fin à des pratiques suscitant l’indignation des français », mettant en cause « les rémunérations des dirigeants et leurs bonus ». Ces bonus ne sont d’ailleurs que la partie émergée et trop voyante, à l’heure des charrettes de licenciements, de l’iceberg des rémunérations du capital. Ainsi 2 242 foyers fiscaux se seront vus, alloués chacun par le fisc, une moyenne de 85.000 euros de remboursements au titre du « bouclier fiscal ». « Niches fiscales » et « bouclier » permettent d’ailleurs à des patrimoines de plus de 15,5 millions d’euros de se retrouver exonérés de l’impôt sur la fortune. De même les entreprises du CAC 40 ont, en 2008, une prévision de profits de 2,2 milliards d’euros supplémentaires, alors que 2007 avaient déjà été une année record. De quoi largement justifier la proposition de loi déposée par le député communiste Alain Bocquet visant à affecter aux salariés menacés de licenciements ou victime de chômage technique, les bénéfices non réinvestis.

De même Sarkozy vient d’affirmer « je ne veux plus qu’il y ait d’aides publiques sans contrepartie » ! Très vaste programme !! Que le gouvernement Sarkozy-Fillon a lui-même empêché en rendant l’Etat minoritaire dans la structure qui gère les aides publiques aux banques. Il a de même refusé que les fonds versés aux banques se traduisent par une prise de contrôle publique de ces mêmes banques. Il s’est contenté d’ « actions sans droit de vote », c’est-à-dire sans faire vraiment partie du Conseil d’Administration.

Enfin, face aux 360 milliards de lignes de crédits ouvertes ou prévues pour les banques, les 26 milliards du « plan de relance », piloté par le ministre Devedjan, sont de peu de poids. Surtout lorsque l’on sait que l’essentiel est constitué d’accélération de mesures déjà annoncées, de remboursement aux entreprises qui auraient de toutes façons eu lieu, et que ce plan de relance ignore les revenus du travail et la consommation, hormis la prime à a casse automobile et une prime (en avril !) pour les titulaires du RSA.


D’autres propositions


Raisons de plus pour faire entendre d’autres propositions qui permettent d’engager, tout de suite, des changements à cette logique infernale qui fait payer la crise aux travail et aux salariés. L’intérêt de la plate forme intersyndicale pour la journée du 29 janvier réside dans une exigence de réorientation de l’économie à partir des besoins humains contre la logique de la rentabilité financière. Les propositions émises par le parti communiste français à la mi janvier,et dont nous rendons compte, vont également en ce sens. Le parti socialiste devait s’exprimer cette semaine. Cela devra permettre de voir si les « intonations de gauche » entendus depuis le congrès du PS, se traduisent dans des propositions effectives. Nous y reviendrons dans notre prochaine édition. Une transparence populaire à gauche sur les propositions et projets étant indispensables pour reconstruire une perspective politique face à la droite.


Jean Paul Duparc


(1) c’est nettement plus que la précédente récession de 1993 (2) Olivier Blanchard, chef économiste au FMI indiquait dans le Monde du 24 décembre « « les mois qui viennent vont être très mauvais. Il est impératif de juguler cette perte de confiance, de relancer et, si nécessaire, de remplacer la demande privée, si l’on veut éviter que la récession se transforme en grande dépression » (3) De Gordon Brown qui en Grande Bretagne dénonce « l’irresponsabilité » des banques à Nicolas Sarkozy qui, comme le titre Nice Matin, « tance les banques » (4) Significativement le Journal Du Dimanche du 18 janvier titre une de ses pages « alerte au gel sur les salaires »

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Tag(s) : #Economie
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