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International - Article paru le 23 janvier 2009 dans l'humanité

 

Renversement de tendance très brutal en Espagne !



Économie . à Madrid , où les instituts de conjoncture prévoient 19 % de chômage en 2009, les salariés payent la débâcle immobilière et financière au prix fort.

Plus dure en sera la chute. Durant de nombreuses années, la croissance économique espagnole a fait les choux gras des analystes libéraux, qui n’hésitaient pas à montrer Madrid en exemple : un PIB à plus de 4 %, un taux de chômage de 8 % après avoir atteint 24 % dans les années 1990, un déficit public scrupuleusement respecté…

À l’opposé de cette vision idyllique, nombre d’observateurs critiques n’ont cessé de mettre en garde les gouvernements socialiste et de droite sur la faiblesse d’un modèle qui reposait démesurément sur le secteur de la construction. « Les réformes du marché du travail menées au nom de la compétitivité qui ont désintégré les droits sociaux », rappelle l’économiste Pedro Montes. Des réformes de l’emploi qui se sont traduites par des taux de travail précaire culminant à 33 %.

Aujourd’hui, la crise financière a sonné le glas du modèle espagnol au point de parler de « pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale ». Face à la débâcle, le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero tente désespérément de minimiser l’impact de la crise. Lundi, la Commission européenne a revu nettement à la hausse les prévisions avancées par l’exécutif socialiste.

Le taux de croissance devrait plonger à - 2 %, alors que Madrid affichait, il y a encore six mois de cela, un chiffre positif de 3 %, entrant ainsi en récession pour la première fois depuis 1993. Et selon la Commission européenne, l’Espagne récupérera plus difficilement que ses voisins le chemin de la croissance. Son déficit public devrait s’effondrer à - 6,2 %, soit le plus important après la Grande-Bretagne et l’Irlande.

La reprise de l’activité est des plus incertaines, avec un recul des investissements de près de 13 %. Quand au déficit extérieur, il reste l’un des plus importants des Vingt-Sept (plus de 10 % du PIB). « Les conditions économiques et financières actuelles ont mis en lumière la faiblesse structurelle de l’économie espagnole », a expliqué l’agence de notation financière S & P, qui vient de déclasser Madrid.

Mais l’indice le plus alarmant dans ce paysage reste celui du taux de chômage, signe que les salariés payent plus chèrement la facture de la crise. Tandis que Madrid avançait déjà une hausse vertigineuse de 16,1 % contre 8 % en 2007, le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, a rectifié ce chiffre, pourtant déjà critique, annonçant une augmentation qui atteindrait les 19 % en 2009.

En août dernier, le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero a indiqué qu’il injecterait 11 milliards pour relancer l’économie, notamment dans la construction d’infrastructure. Sans compter la suppression de l’impôt sur la fortune, autrement dit un cadeau fiscal profitable à seulement 1,3 million de contribuables qui ont la plus forte propension à épargner.

Le sauvetage bancaire a de fortes chances d’avoir l’efficacité de l’épée dans l’eau. Zapatero a promis d’acheter les actifs bancaires, en constituant un fonds de 30 milliards d’euros qui pourrait atteindre les 50 milliards d’euros. Des sommes astronomiques destinées en bout de course à faire face à la crise d’insolvabilité qui touche de très nombreux foyers espagnols, dont l’endettement représente 90 % du PIB, selon les dires du gouvernement.

« Nous pourrions vivre une reprise plus rapide que prévu (…) si la nouvelle administration de Barack Obama génère de la confiance », a déclaré, sans rire, le chef de gouvernement à la radio Cadena. En attendant un geste du messie, les Espagnols mangent leur pain noir.

Cathy Ceïbe

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Tag(s) : #Economie
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