Marie-George Buffet : « Les européennes obligent la gauche à un positionnement clair »
Suite de notre série la gauche en débat. Aujourd’hui, la secrétaire nationale du PCF estime que l’Europe peut être un outil pour sortir de la crise à condition
qu’elle s’émancipe de sa logique libérale.
Aujourd’hui et pour trois jours, les
élus et les militants communistes vont à la rencontre des salariés pour débattre des solutions face à la crise. Pourquoi ?
Marie-George Buffet. Partout la situation se dégrade et la seule voix que l’on devrait entendre, c’est celle de Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas sérieux. Il ne peut être question de laisser le
terrain à cette droite qui a plongé le pays dans la crise. J’étais hier devant l’usine PSA d’Aulnay. Nos parlementaires et les militants communistes de Seine-Maritime étaient lundi devant les
usines Renault. Partout en France, nous pouvons investir les lieux de travail pour débattre avec les salariés de solutions réelles à la crise et aux difficultés éventuelles de leur entreprise,
mais bien plus largement sur la possibilité de faire face à ce système capitaliste qui a démontré sa nocivité et son incapacité à satisfaire les besoins humains.
Le plan de relance de Nicolas Sarkozy ne vous satisfait pas ?
Marie-George Buffet. Ce plan de relance ne vise en rien à sortir notre pays des logiques qui nous ont plongés dans cette situation. C’est un mélange de mesures symboliques et de nouvelles
attaques contre les droits des salariés. Il dit faire céder les patrons sur leurs bonus. Mais il les conforte dans leurs stratégie du tout financier et les aide à pressurer toujours davantage
l’emploi et les salaires : c’est bien aux salariés qu’ils veulent faire payer la crise. C’est pourquoi nous proposons un contre-plan de relance.
Quels en sont les grands axes ?
Marie-George Buffet. La priorité, c’est le soutien à l’emploi et la hausse des salaires et des revenus. Nous proposons pour cela la relance de grandes filières industrielles, notamment face aux
délocalisations, grâce à une politique du crédit sélectif et une fiscalité intelligentes qui pénalisent la richesse détournée pour la spéculation, et encouragent le développement de la
recherche, la formation et l’emploi. Il faut aussi mettre à contribution les dividendes des actionnaires et reconnaître des droits nouveaux aux salariés à l’entreprise. Ensuite, il faut
relancer l’investissement public. Je pense aux services publics mais aussi aux collectivités locales aujourd’hui visées par le gouvernement, et à qui il faut donner les moyens de répondre aux
besoins des populations. Et ces investissements d’avenir, quand on voit les choix stratégiques des banques privées, seule la création d’un pôle financier public permettrait de les
financer.
Mais toutes ces mesures ne font pas consensus à gauche. Y a-t-il plus de chances que par le passé pour la gauche de se rassembler et
d’agir ensemble ?
Marie-George Buffet. On entend davantage la gauche ces derniers temps, sur le travail du dimanche, l’audiovisuel public ou les droits du Parlement. Mais pour enclencher une dynamique réelle de
changement, il nous faut porter un véritable projet de transformation sociale. Notre Congrès y a travaillé. Nous avons notamment énoncé des propositions pour un nouveau mode de développement
écologique, social et démocratique. Et ces idées, nous avons fait le choix de les faire avancer dans la société, en France et en Europe, par la construction de fronts progressistes les plus
larges. Nous portons ainsi cette démarche dans toutes nos rencontres, avec le PS, le nouveau Parti de gauche, le NPA… Et nous la faisons vivre dans le débat populaire et citoyen, dans nos
rencontres face à la crise comme dans les initiatives que nous pouvons organiser pour changer d’Europe.
Vous appelez à la constitution de fronts progressistes et citoyens, en même temps, on a l’impression que la gauche est plus divisée
que jamais, notamment pour les européennes…
Marie-George Buffet. L’Europe est au cœur de tous les enjeux. On parle de la crise du système, mais la construction libérale de l’Europe en est pour une large part responsable. A contrario,
l’Europe peut être un outil extraordinaire pour sortir de la crise, si elle décide une nouvelle orientation de la BCE, le développement des coopérations avec les autres continents, la promotion
des droits sociaux…. Ces élections obligent les partis de gauche à un positionnement clair. Soit on estime qu’on ne peut rien changer à cette Europe, et on accepte alors l’enfoncement dans la
crise du système capitaliste. Soit ses forces se rassemblent sur de grandes orientations aptes à changer l’Europe. C’est ce qu’a proposé le PCF le 24 octobre. Certaines forces comme le Parti de
gauche y ont répondu favorablement. Lors d’une rencontre avec ce parti, hier, nous avons décidé d’enclencher sans attendre cette dynamique pour un front de gauche pour changer d’Europe. Pour
élargir ce rassemblement, nous allons rencontrer ensemble les formations politiques portant cette même exigence. Nous avons prévu de premiers meetings de lancement de campagne et nous mettrons
en place dès février un comité de liaison.
Vous venez d’évoquer le Congrès du PCF. Ce qui a marqué ce Congrès, ce n’est pas l’éclatement promis dans les médias, mais à la fois
une diversité et une volonté d’unité des communistes. Comment concilier ces exigences ?
Marie-George Buffet. Lors de ce congrès, les communistes ont fait preuve de responsabilité et de grande intelligence. Chacun a défendu ses options, mais toujours dans le respect des autres
délégués et dans l’esprit d’avancer ensemble. Cela a permis un débat constructif, dont nous sortons sans fracture dans un parti rassemblé. Un choix très majoritaire a été effectué sur la
résolution finale. Cela ne veut pas dire que chacun doive renoncer à ce qu’il pense, mais les communistes nous ont donné un mandat que nous allons mettre en œuvre avec dynamisme et
détermination. Et pour cela nous ferons vivre la diversité d’approches en notre sein, le débat entre nous, tout en n’en restant pas à une juxtaposition de ces diversités. Le Conseil national
doit être un lieu de débat et de construction de commun, et je crois que le congrès nous le permet.
Vous appelez à la constitution d’un front pour la défense des libertés. Pensez-vous qu’on assiste à une dérive dangereuse sur ce
plan ?
Marie-George Buffet. Sans faire de surenchère, je veux alerter, car de loi en loi, le pouvoir est en train de grignoter toute une série de droits et libertés. Nicolas Sarkozy veut bâillonner le
Parlement en limitant le temps des débats publics et en attaquant le droit d’amendement. Après la fermeture de tribunaux, la suppression du juge d’instruction au profit du parquet met en cause
l’indépendance de la justice. Sans oublier les lois réprimant l’immigration ou le droit de grève, les attaques contre la presse, l’audiovisuel public, le monde associatif, mais aussi contre le
sport. C’est tout ce qui fonde la vie démocratique et associative qui est touché. C’est pourquoi j’ai appelé au Congrès à la création d’un front progressiste pour la défense des libertés et de
la démocratie, et nous allons prendre pour cela contact avec toutes les organisations concernées.
Ce début d’année a aussi été marqué par le retour de la guerre au Proche-Orient…
Marie-George Buffet. Les canons se sont tus, mais nous sommes très loin de la paix dans la région. L’urgence est humanitaire. Elle est la fin du blocus contre Gaza. Mais l’urgence est tout
autant de construire une paix durable fondée sur le respect du droit, celui du peuple palestinien à un Etat souverain dans les frontières de 1967, le droit d’Israël et de la Palestine à vivre
dans la sécurité et la coopération. Pour cela, la France et l’Union européenne doivent jouer un rôle actif pour construire une nouvelle donne politique et pour le maintien de la paix, notamment
par l’installation d’une force de protection internationale.
Le 29 janvier aura lieu une vaste mobilisation syndicale unitaire. Pensez-vous que les salariés puissent marquer des points dans les
semaines à venir face au gouvernement ?
Marie-George Buffet. Oui je le crois. La droite a reculé sur le lycée, elle est hésitante sur le travail du dimanche. Ce qui est nouveau en cette rentrée, c’est qu’il n’y a pas simplement des
combats « dos au mur ». On assiste à une prise de conscience large que la gravité de la crise appelle de nouvelles avancées sociales et démocratiques. Le pouvoir le sent bien
d’ailleurs, en essayant de convaincre les citoyens de courber le dos et d’attendre des jours meilleurs. Les organisations syndicales portent la mobilisation pour les salaires, les services
publics, l’avenir de la Poste, qui sont autant de luttes offensives. La journée du 29 va être une étape extrêmement importante, et le PCF va y contribuer, en tant que force politique, dans les
manifestations.
Entretien réalisé par Sébastien Crépel et Jean-Paul Piérot
http://www.humanite.fr/Marie-George-Buffet-Les-europeennes-obligent-la-gauche-a-un-positionnement-clair
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)