Nicolas Sarkozy en opération séduction à Saint-Lô !

Le chef de l’État se rend aujourd’hui dans la Manche pour présenter ses voeux au personnel de l’éducation nationale. Les syndicats nationaux boycottent l’événement
Opération déminage, suite… Nicolas Sarkozy doit se rendre aujourd’hui à Saint-Lô (Manche), en compagnie de son ministre Xavier Darcos, afin de présenter ses voeux au personnel de l’éducation
nationale. Une démarche inédite, au cours de laquelle le chef de l’État devrait poursuivre sa stratégie de l’apaisement, entamée avant les vacances de Noël. L’ensemble des fédérations
syndicales enseignantes ont d’ores et déjà annoncé qu’elles ne répondraient pas à l’invitation présidentielle.
Sur le papier, le programme est parfaitement au point : arrivé à 11 h 30 en hélicoptère, depuis Caen, le président de la République commencera sa journée par la visite de l’école primaire Calmette-et-Guérin, au coeur d’un des quartiers défavorisés de la ville. Puis, il se rendra au centre culturel pour un discours censé donner quelques gages. Notamment sur la relance de la réforme du lycée, avec la mise en place d’« états généraux de l’éducation », sorte de vaste consultation réunissant les acteurs du monde éducatif et des représentants de la « société civile ».
Nicolas Sarkozy devrait aussi entériner le recul sur les suppressions de postes dans les réseaux d’aide aux élèves en difficulté (RASED), passées de 3 000 à 1 500. Ou encore donner des garanties sur la formation des enseignants, dont le volet pratique (stages sur le terrain) est menacé par la disparition des Instituts de formation des maîtres (IUFM). Estil prêt à aller plus loin, et notamment à revenir sur les 13 500 suppressions de postes prévues à la rentrée prochaine ? L’Élysée dément cette perspective. Côté syndical, on reste tout aussi prudent.
« Xavier Darcos a multiplié les gestes d’apaisement et il y a, c’est vrai, une prise en compte du rapport des
forces, analyse Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU. En même temps, il n’a encore jamais été question de revenir sur la logique des suppressions de postes, pourtant au coeur des
revendications. » Reçus cette semaine au ministère de l’Éducation nationale, les syndicats ont réitéré leur demande d’un « moratoire » sur cette question. Ils devraient le
redire cet aprèsmidi, lors d’une conférence de presse commune au siège parisien du SNUIPP-FSU, et aussi samedi prochain, lors d’une nouvelle journée de mobilisation.
Si elles ne se rendent pas à Saint-Lô aujourd’hui, les fédérations nationales n’en soutiennent pas moins les initiatives locales. Et du côté de la Manche, le comité d’accueil s’annonce
vigoureux… Depuis l’annonce de la venue présidentielle, les sections départementales s’activent. Une manifestation interprofessionnelle est prévue à 10 h 45, devant la mairie, tandis qu’un
appel à la grève a été lancé dans les établissements scolaires. « On table sur la présence d’environ 600 enseignants », assure Jacques, militant de la FSU. Auxquels viendront
s’ajouter quelque 2 000lycéens, venus de Saint- Lô, de Cherbourg ou encore de Coutances, de même que 500 CRS, dépêchés pour l’occasion par la préfecture.
Une question demeure : pourquoi Saint-Lô ? Et là, les acteurs locaux se perdent en conjectures. Le maire François Digard (UMP) y voit bien sûr un hommage au « dynamisme » de sa ville. D’autres, plus pragmatiques, misent sur le profil très conservateur du département, gage d’un déplacement pas trop mouvementé. D’autres, enfin, y voient un message quasi subliminal et rappellent que Saint-Lô fut une ville détruite à 90 % par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale… « Àl’image de l’éducation nationale en ce moment », relève un militant syndical.
Laurent Mouloud
http://www.humanite.fr/Nicolas-Sarkozy-en-operation-seduction-a-Saint-Lo
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)