Les voeux très show de Nicolas Sarkozy !
Élysée . Le président a exhorté les parlementaires à limiter leurs prérogatives législatives.
Un show de plus. Mais avec Nicolas Sarkozy, le show n’est jamais sans arrière-pensées sur le fond. Le président avait convié, hier, à l’Élysée, les parlementaires pour leur présenter ses voeux.
Les élus PS avaient boycotté, n’envoyant qu’une délégation, soulignant ainsi le décalage entre la prestation et le projet sarkozyste limitant le droit d’amendement et visant à bâillonner les
droits de l’opposition.
président permanent de l’Ue ?
La première arrière-pensée est qu’il avait aussi invité les élus de Paris, comme un pied de nez à Bertrand Delanoë,
dont il se verrait bien assumer aussi les fonctions. À moins qu’il ne soit atteint du syndrome Jack Lang qui pense être un éternel ministre de la Culture. Nicolas Sarkozy ne se considère-t-il
pas désormais comme président permanent de l’Union européenne ? Voire un concurrent direct de Barack Obama : il l’en a fait l’aveu à demi-mot, en soulignant qu’il n’y a pas
actuellement de leadership US dans le monde avant l’intronisation officielle du nouveau président à la Maison-Blanche. D’où le voyage au Proche-Orient ? Profil bas d’ailleurs sur le bilan
de ce voyage. D’autant que les parlementaires français ne savent toujours pas quand ils pourront éventuellement débattre de la situation. Mais hommage appuyé à Jack Lang pour son
« courage » lors du débat sur la réforme institutionnelle du printemps dernier dont Nicolas Sarkozy lui doit l’adoption à une voix près. Le président a d’ailleurs situé dans le
prolongement de ce texte à la fois son projet de loi organique sur le fonctionnement de l’Assemblée et celui sur la réforme des collectivités territoriales avec la fusion département-région
dont l’examen, a-t-il annoncé, sera programmé entre les élections européennes de juin et l’été, voire à l’automne. Une réforme qui, bien que revisitée dans l’argumentation, présente beaucoup
d’analogies avec celle proposée à titre expérimental aux Corses par référendum en 2003. L’objectif était déjà de limiter la démocratie en se débarrassant d’un échelon de la démocratie
territoriale. L’affaire s’était conclue par la victoire du « non » et un désaveu pour le ministre de l’Intérieur Sarkozy. À propos de la loi organique, le président a tenté d’en
justifier l’ambition en exhortant les parlementaires à utiliser davantage leur temps de travail « au contrôle » de l’exécutif, à « l’évaluation » des décisions prises et aux
« nominations » des présidents des entreprises publiques, au détriment de leur mission législative. C’est ce qu’il appelle « une démocratie
mature ».
« Refonder le capitalisme »
Plaidoyer présidentiel à propos du plan de relance face à la crise, accompagné d’une réfutation sans autre forme de procès de « la controverse » sur l’absence de mesures en faveur du
pouvoir d’achat des ménages : « Si la relance par la consommation marchait, cela se saurait », a-t-il prétendu. Tout en justifiant dans la foulée les cadeaux aux plus riches
octroyés dès 2007 avec le fameux paquet fiscal : selon lui, il s’agissait déjà d’une réponse au début d’une crise qu’il date, pour la circonstance, dès cette époque. Il a par ailleurs
promis de libérer de nouveaux crédits destinés aux banques. Et d’avouer explicitement : « On essaie de profiter de la crise, d’en faire une opportunité, pour rattraper le
retard. » C’est ce qu’il appelle « refonder le capitalisme ».
Dominique Bègles
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