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International - Article paru le 5 janvier 2009 dans l'Humanité

Enquête

Afrique 2008 : sécurité alimentaire un « mieux », mais…



Frappé de plein fouet par l’envolée des prix agricoles, le continent voit se multiplier les zones de sous-nutrition. La situation est localement aggravée dans les zones de conflits.


Correspondance particulière.


Dans son rapport 2008, la FAO dissèque la donne pour le continent africain, divisé en plusieurs régions aux conditions différentes (Nord, Sud, Est, Ouest et Centre), notamment en matière d’agriculture vivrière (céréales, riz et les grains « durs » de consommation comme le millet et le sorgho…). Dans l’ensemble, après une baisse sensible de la production continentale totale en 2007 (passée de plus de 150 millions de tonnes à à peine plus de 140), les projections de production de la FAO indiquent un « mieux » pour l’année 2008. D’après ses estimations, ce total devrait remonter pour dépasser les 156 millions de tonnes. Le problème, c’est que si l’observation est vraie pour l’ensemble du continent et pour la plupart des entités régionales, plusieurs points noirs émergent fortement des chiffres. Parmi eux, la région de l’Afrique de l’Est, composée de pays comme l’Éthiopie, l’Érythrée ou la Somalie, est celle qui inquiète les responsables de l’organisation, qui demandent surveillance et, vraisemblablement, actions. La production régionale de céréales de 32,9 millions de tonnes, en légère reprise par rapport à 2007, ne devrait pas pouvoir égaler son niveau de 2006 (33,1), déjà pas si fameux. De plus, l’Afrique, dans son ensemble, demeure à la merci des prix alimentaires mondiaux qui, certes en baisse par rapport à l’explosion de la fin de l’année dernière et de la moitié de cette année, ne se sont souvent pas revenus, relève la FAO, à leur niveau d’avant. Par ailleurs, des zones de tensions dans plusieurs pays demeurent et rendent l’amélioration de la situation difficile. Les problèmes de chute drastique de la production agricole et alimentaire au Zimbabwe, qui fut un temps un grand « grenier à grain » de l’Afrique et dont la population souffre désormais de malnutrition et de faim chronique, envahissent quotidiennement les informations. Mais ce pays n’est pas seul sur la liste des zones noires. Dans la région Nord de la République centrafricaine aussi où les tensions, qui ont abouti au déplacement d’au moins 300 000 personnes, « empêchent l’accès des gens aux ressources agricoles ». Au Darfour (Soudan) ou au Tchad, « la continuation de l’insécurité », accentuée par la sécheresse, « risque de déstabiliser davantage encore les problèmes alimentaires », notent les experts de la FAO, qui relèvent que dans certaines parties de la région, la production alimentaire est en baisse de 40 %. Des problèmes de production et de ravitaillement apparaissent aussi en Afrique de l’Est. La FAO prévoit que l’Érythrée devra importer une partie de ses besoins céréaliers de même que l’Éthiopie. La Somalie ou même le Kenya sont aussi touchés avec en plus les conséquences dues aux conflits internes. La situation de tous ces pays, comme l’ensemble du continent qui a besoin d’importer des produits de base, est d’ailleurs aggravée par la hausse des prix des carburants et des « intrants » agricoles (engrais, semences…). La FAO ne manque pas de souligner la fragilité de l’Afrique face aux déséquilibres et turbulences des marchés mondiaux qu’elle subit de plein fouet. Phénomène souvent accentué, comme l’explique Jean Ziegler, l’ancien rapporteur spécial pour l’alimentation de l’ONU, par la transformation des cultures vivrières en cultures - d’exportation.


Ramine Abadie

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Tag(s) : #GEOGRAPHIE
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