Santé : Série noire à l’hôpital !
Santé . Confronté à un troisième décès, le gouvernement tente de contenir la polémique en assurant que l’hôpital ne souffre pas de manque de moyens.
Erreur médicale, problème d’organisation des soins ou déficit de moyens ?
La polémique sur l’hôpital a pris un nouveau tour avec le décès, vendredi, d’un nourrisson de six mois, victime d’un surdosage dans la perfusion chargée de le nourrir. Accueilli depuis
septembre à l’hôpital de rééducation et de pédiatrie de Bullion, dans les Yvelines, Louis-Joseph attendait une greffe de l’intestin et devait donc être alimenté par perfusion. Les parents ont
porté plainte samedi pour « non-assistance à personne en danger ». Une autopsie doit avoir lieu aujourd’hui. Pour Yannick Gouriou, directeur de l’établissement, il s’agit d’une
« erreur », en partie due à l’infirmière présente ce jour-là, expérimentée, mais grippée. « Et depuis quand on fait venir au travail une infirmière malade qui risque de
transmettre la grippe aux enfants qu’elle soigne », s’étonne Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), pour contrebalancer l’argument du
directeur de l’hôpital qui s’est empressé de préciser que le problème survenu n’est pas dû à un « sous-effectif ».
Politique de l’autruche
Face à la série noire qui affecte les hôpitaux, après le décès d’Yliès (voir ci-dessous), un enfant de trois ans qui a succombé le 24 décembre à une erreur de prescription médicamenteuse, puis
celui d’un homme de cinquante-sept ans, mort le 28 décembre faute d’avoir pu lui trouver à temps une place en service de réanimation, ce nouveau drame menace de jeter l’anathème sur la réforme
« hôpital, patients, santé, territoires » que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, doit présenter au Parlement d’ici au mois de février. Du coup, les ministres se relaient pour
tenter de couper court à toute polémique et reprendre l’argumentaire présidentiel développé par Nicolas Sarkozy le 1er janvier : l’hôpital ne souffre pas d’un manque de moyens mais d’un
déficit d’organisation. Hier, le
ministre du Budget et de la Fonction publique, Éric Woerth, a assuré que « l’hôpital a les moyens de fonctionner en France », qu’il a juste « besoin d’une meilleure
organisation ». Hier encore, Roselyne Bachelot a répété sans rougir qu’il « n’y a pas de pénurie de lits de réanimation ». Une politique de l’autruche qui, loin de calmer la
polémique, a le don de susciter la colère des professionnels de santé.
« On atteint la limite »
« Elle ment », s’agace Patrick Pelloux, car « il ne suffit pas de trouver une place dans un service de réanimation, il faut trouver le service capable de soigner le malade en
question ». Preuve pour lui du décrochage qui s’opère entre les « dogmes idéologiques des libéraux qui visent à casser l’hôpital public » et la réalité vécue par les personnels
sur le terrain. « Depuis le 1er décembre, les urgentistes sont en grève. On ne voulait pas envenimer la situation mais on savait que ça allait arriver », ajoute-t-il. Et l’urgentiste
de préciser qu’il y a bien un « gros problème de moyens. Le déficit de 1 milliard d’euros gangrène le fonctionnement de l’hôpital ». Opinion partagée par Jean-Louis Chabernaud,
président du Syndicat national des pédiatres des établissements hospitaliers, qui considère, dans une interview au Journal du dimanche qu’on « atteint la limite » alors que la future
loi « à laquelle le président de la République tient beaucoup doit entraîner 20 000 suppressions d’emplois supplémentaires ». De son côté, le Syndicat national des praticiens
hospitaliers anesthésistes-réanimateurs a souligné dans un
communiqué que « depuis l’exigence de rentabilité, temps, sérénité et confiance sont trois valeurs qui ont
disparu de notre quotidien ».
Paule Masson
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