Travailler plus pour payer plus !
Par Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat national unifié des impôts.
Au cours des nombreuses réformes qui ont jalonné son histoire, l’impôt sur le revenu a été découpé et saucissonné à
maintes reprises, si bien qu’il a fallu mettre un peu d’ordre dans une imposition éclatée et créer un « revenu fiscal de référence » pour reconstituer la situation d’ensemble du
contribuable. Un tel revenu de référence permet par exemple de tenir compte des revenus de l’épargne imposés séparément des autres revenus dans le calcul de la prime pour l’emploi ou du
dégrèvement de taxe d’habitation.
Seulement voilà, à rajouter toujours plus de complexité, on augmente le risque d’effets pervers : l’exonération de la rémunération tirée des heures supplémentaires, la mesure phare de la loi « travail, emploi et pouvoir d’achat » d’août 2007, recèle une très mauvaise surprise pour les salariés bénéficiant de la prime pour l’emploi (PPE). En effet, la rémunération tirée des heures supplémentaires est intégrée au revenu fiscal de référence. Or, plus celui-ci est élevé et plus le montant de la PPE diminue. Un tel mouvement de vase communiquant pénalise le salarié bénéficiant de la PPE qui a effectué des heures supplémentaires. En voici un exemple.
Soit un salarié célibataire payé au SMIC à temps plein. S’il déclare 12 840 euros de revenu imposable, sans heures supplémentaires, il ne paiera pas d’impôt sur le revenu et percevra une prime pour l’emploi de 798 euros. S’il a effectué 9 heures supplémentaires entre le 1er octobre et le 31 décembre 2007 (pour un montant de 70 euros), sa prime pour l’emploi est ramenée à 784 euros, donc diminuée de 14 euros. S’il effectue 60 heures supplémentaires en année pleine (465 euros de revenus en plus), sa PPE sera de 708 euros, soit une diminution de 90 euros. Précisons que 60 heures supplémentaires, c’est en moyenne moins de deux heures par semaine. Dans tous les cas, effectuer des heures supplémentaires diminue la PPE et vient soit diminuer le montant perçu, soit augmenter l’impôt à payer (lorsque la PPE est inférieure à l’impôt brut). L’affaire ne s’arrête pas là, car dans tous les cas notre salarié paiera également plus de taxe d’habitation. Ainsi, avec 60 heures supplémentaires, le montant de la taxe est de 290 euros, contre 274 euros sans heures supplémentaires. Au final, les 465 euros de revenus supplémentaires auront donné lieu à une charge d’imposition effective globale de 90 + 16 = 96 euros. La charge fiscale supplémentaire est de 20,64 % du revenu dégagé par les heures supplémentaires.
On peut multiplier les exemples. Pour près de 9 millions de bénéficiaires de la PPE, aux revenus modestes et connaissant d’importants problèmes de pouvoir d’achat, « travailler plus » débouchera immanquablement sur « gagner moins », voire « payer plus ». Et le nombre d’heures supplémentaires, déjà en augmentation ces derniers mois, devrait croître, du moins tant qu’il existe une durée légale du travail. Que faire ? Une véritable simplification de l’impôt sur le revenu pourrait conduire à réintégrer au barème progressif de l’impôt sur le revenu les revenus qui y échappent (revenus de capitaux mobiliers, plus-values…) afin de rendre le revenu fiscal de référence inutile. De la sorte, on éviterait de tels effets pervers et on contribuerait également à redonner à l’impôt sur le revenu plus de progressivité et, ainsi, plus de justice fiscale. À l’heure où l’on cherche des solutions à la crise, notamment en soutenant la consommation et en dégageant des ressources publiques, redonner son rôle à l’impôt sur le revenu en le nettoyant d’effets d’assiette malheureux ou injustes est plus que jamais nécessaire.
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