Le choléra envahit le Zimbabwe et s’étend aux pays voisins
Afrique . Face à une épidémie qui a déjà fait plus de 560 morts dans le pays, le gouvernement a décrété « l’urgence nationale » et appelle à l’aide la communauté internationale.
Déjà touché par une crise économique sans précédent (l’inflation est officiellement estimée à 231 000 000 % et le chômage frappe 80 % de la population active), le gouvernement du
Zimbabwe a reconnu l’ampleur de l’épidémie de choléra qui a déjà fait plus de 560 morts dans le pays, en décrétant pour la première fois l’« urgence nationale » et en appelant à
l’aide la communauté internationale. « L’appel d’urgence nous aidera à réduire le nombre de malades et de morts lié à l’actuelle situation socio-économique », a assuré le ministre de
la Santé David Parirenyatwa, dans un entretien publié par le quotidien The Herald. Ce même ministre a déclaré, lors d’une réunion d’associations caritatives : « Nos hôpitaux publics
ne fonctionnent tout simplement pas. Le personnel est démotivé et nous avons besoin de votre soutien pour nous assurer qu’ils recommencent à travailler et pour redémarrer notre système de
santé », soulignant que les
hôpitaux manquaient de médicaments, de vivres et de matériels. Aux 11 millions de dollars réclamés par le ministère
de la Santé s’ajoute un besoin urgent de 3,93 millions de dollars pour acheter des produits chimiques de traitement de l’eau sur les deux prochains mois, selon le
gouvernement.
Délabrement du système de santé
La situation est d’autant plus alarmante qu’elle se propage à l’ensemble du pays et franchit maintenant les frontières. « Les agences de l’ONU sont appelées à mettre les bouchées doubles
car l’épidémie prend des proportions nationales », a insisté à Genève Élisabeth Byrs, porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), soulignant qu’elles
renforçaient « d’ores et déjà leurs équipes ». L’épidémie de choléra ne cesse de se propager depuis août en raison du délabrement du système de santé, des réseaux d’eau et
d’assainissement. La maladie, qui prolifère dans l’eau souillée par les excréments humains, s’est étendue au Botswana et en Afrique du Sud, où huit personnes sont décédées. Le gouvernement
sud-africain a décidé pour sa part d’organiser « une réunion ministérielle d’urgence » pour fournir une aide alimentaire et humanitaire à son voisin. « Il y a des signes très
clairs (…) que les gens commencent à mourir de faim. L’Afrique du Sud et la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) ne peuvent rester les bras croisés », a souligné le
porte-parole du gouvernement sud-africain.
Bien que le gouvernement d’Harare ait aussi « appelé la communauté internationale
à l’aide pour faire face à la situation », la police zimbabwéenne a dispersé mercredi des manifestants qui, dans la capitale, dénonçaient les pénuries et l’incurie des autorités sanitaires face à
l’épidémie de choléra. Le revirement des autorités « arrive très en retard », a regretté l’Association des médecins du Zimbabwe pour les droits de l’homme (ZADHR). Pour le président
de la ZADHR, Douglass Gwatidzo, « ils auraient dû le faire il y a deux à trois semaines
quand le nombre de personnes mortes du choléra était encore bas. Mais mieux vaux tard que jamais. Au moins, ils réalisent maintenant que c’est un problème
sérieux ».
Pierre Barbancey
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