Si le premier objet de la colère est la disparition de la maternelle, des tas d’autres sujets de
mécontentement ont animé le défilé nocturne qui s’est achevé peu après 21 heures sur le Vieux-Port. (Photo LAURENT SACCOMANO)
Sous les lampions. Plus d’un millier de personnes ont défilé hier soir dans les rues de
Marseille pour la défense de l’école publique. Du jamais vu.
Personne n’osait vraiment y croire. Entre le temps où parents et enseignants échangeaient quelques
banalités autour d’un vin chaud devant le perron de l’école maternelle de la place des Moulins et le moment où ils se sont retrouvés à plusieurs dizaines devant l’école
Leverrier, il s’est passé des tas d’événements imprévus.
Venus même à pied des quartiers Nord comme ce fut le cas pour les parents d’élèves de l’école Simoncelli dans le 14e arrondissement, ou n’hésitant pas à
emprunter métro, bus et tram et se moquant même de la nuit tombante, parents, enfants, lycéens et enseignants des écoles marseillaises ont dit clairement qu’ils ne laisseraient
pas toucher à l’école.
Ils ont fait la nique à DARKOS. Avec un K comme pour mieux exhorter leur colère à l’encontre des mesures du ministre de l’Education qui envisage de supprimer
l’école maternelle et d’ouvrir à la place des jardins d’enfants.
Ce rassemblement, qui ne devait être à l’origine qu’une simple veillée, a rapidement pris une toute autre tournure. Tout y était imprévu comme le millier de
personnes venues des quatre coins de la ville et qui a défilé du Palais Longchamp jusqu’au Vieux-Port en sifflant et en conspuant au passage les banques sur la Canebière. La
manifestation est joyeuse et même sous la pluie les lampions tiennent bon. Ce défilé nocturne a décidément créé la surprise à Marseille. « L’école, c’est l’avenir de nos
enfants, lâche un mère, c’est leur vie qui se joue. » Beaucoup de parents ont appris à détricoter les réformes, certains parlent même de recul de civilisation. « L’école c’était
le principal levier social. Nous sommes prêts à tout pour la défendre. »
Dans ces périodes de fortes incertitudes, l’école est encore le dernier rempart contre l’exclusion. Sans école pas d’avenir. C’est sans doute pour cette
raison que les parents ont rapidement pris le relais des profs. « Les parents sont très sensibles aux annonces du ministre, confie cette directrice d’école. Ils ne veulent pas
d’un service minimum, mais d’un service maximum. »
Gilles Robic, administrateur FCPE, a dépeint le caractère spontané de la manifestation. « Ca prend très fort, il y a une vraie conscience que le service
public est en danger. » Les réactions seraient les plus fortes dans les quartiers populaires de la ville. C’est là aussi que les difficultés sont les plus criantes.
Hier soir, c’était bien plus qu’une manifestation pour la défense de l’école publique. « C’est le début d’un combat qu’il faudra tenir dans la durée »,
affirme un enseignant qui a dénoncé les mesures d’intimidation de l’inspection académique et de la ville qui hier soir avaient interdit l’entrée des écoles aux
parents.
CATHERINE WALGENWITZ
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