Face à la crise
Le plan en trompe-l’oeil de Sarkozy !
Douai (Nord), envoyé spécial.
« Pouvoir d’achat ! » Le slogan jeté comme une provocation par l’un des participants au « discours sur la relance » de Nicolas Sarkozy, dans l’immense salle Gaillant à
Douai (Nord), a un instant refroidi une assistance pourtant triée sur le volet. Mais l’incident n’aura pas interrompu l’interminable prestation, où les accents volontaristes du chef de l’État
masquaient mal la timidité de ses engagements. Un « plan de relance » de 26 milliards d’euros, soit à peine plus de la moitié de ce que les banques se sont vu promettre pour
consolider leurs fonds propres et une somme sans comparaison avec les 320 milliards d’euros de garantie d’État pour le secteur.
Les plus démunis devront patienter
De leur côté, les ménages les plus démunis retiendront qu’ils devront patienter jusqu’en avril 2009 pour toucher une prime de l’État d’un montant de… deux cents euros. « Il serait
moralement scandaleux, humainement insupportable de se résigner sans rien faire à ce que ceux qui souffrent, souffrent encore plus », a lancé le chef de l’État, jugeant utile de justifier
sa « prime à la solidarité active ». Pour répondre à la crise de l’habitat, Nicolas Sarkozy a promis la création de 35 000 logements sociaux… Tout juste de quoi satisfaire les besoins
de Paris et sa périphérie. Et de 35 000 logements « intermédiaires » (lire ci-dessous).
« Notre réponse à la crise c’est l’investissement », a prévenu par ailleurs l’hôte de l’Élysée. 4 milliards d’euros seront directement investis par l’État pour réaliser ou finaliser de « grands travaux ». Infrastructures ferroviaires, fluviales et routières devraient être privilégiées. 4 autres milliards seront investis, en supplément, par les grandes entreprises publiques. Par ailleurs, une prime de 1 000 euros pour la mise à la casse de véhicule âgé de plus de dix ans contre l’achat d’un « véhicule propre », un fonds d’investissement doté de 300 millions d’euros pour la filière et des « facilités de refinancement » aux organismes de crédit automobiles pour 1 million d’euros constituent l’essentiel du plan d’aide au secteur automobile.
Si Nicolas Sarkozy insiste sur l’utilité des dépenses d’investissements, c’est avant tout pour les opposer aux dépenses de fonctionnement, justifiant au passage la suppression par dizaines de milliers de postes dans la fonction publique. Chez Nicolas Sarkozy supprimer des emplois d’enseignants ou plonger l’hôpital public et ses missions d’intérêt général dans une concurrence sans merci avec le privé se résume à « en finir avec la bureaucratie, paralysée par la lourdeur de son appareil administratif, qui gaspille les impôts des Français ». Des « lourdeurs » cependant moins onéreuses pour le contribuable que la légèreté dont ont fait preuve les acteurs financiers que l’État a sauvé de la faillite.
De leur côté, les entreprises se verront, entre autres, remboursées par anticipation 4 milliards d’euros de crédit
d’impôts recherches et 3 milliards d’euros de TVA. Une dépense totale estimée à 11,5 milliards d’euros. Car l’État ne doit plus faire « sa trésorerie sur le dos des entreprises », a
lancé Nicolas Sarkozy, feignant d’ignorer les 60 milliards d’euros distribués chaque année par la puissance publique au secteur privé au titre de subventions et d’exonérations de cotisations.
Pour les entreprises de moins de 10 salariés c’est une exonération totale des contributions patronales au niveau du SMIC et dégressive jusqu’à 1,6 SMIC qui devrait voir le jour au risque de
multiplier les trappes à bas salaires.
Les salaires oubliés
Crise ou pas le chef de l’État l’a répété : « Les grandes réformes en cours seront poursuivies jusqu’au bout. Que ce soit la réforme du lycée, de la recherche, de la politique de
l’emploi ou celle de l’État. » Sans surprise, le chef de l’État n’a pas inséré la clause « augmentation salariale » dans son « plan de relance ». Pourtant ce serait la
mesure la plus efficace pour redonner ce qu’il a promis aux Français : du pouvoir d’achat.
Frédéric Durand
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