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Politique - Article paru le 3 décembre 2008 dans l'Humanité


Face à la crise

Arcelor Mittal supprime des emplois mais maintient les dividendes !



Le groupe sidérurgique a annoncé une réduction de 1 400 postes chez les cols blancs en France, tandis que quatre milliards de dividendes seront versés aux actionnaires.

« La crise a bon dos », a réagi hier Patrick Auzanneau, représentant CFDT chez ArcelorMittal, après l’annonce lundi par la direction française du groupe sidérurgique de 1 400 suppressions de postes en France au premier trimestre 2009. Déclinaison nationale du plan de 9 000 suppressions au niveau mondial, cette réduction d’effectifs vise les « cols blancs », ingénieurs, services administratifs et comptabilité, surtout basés à Saint-Denis en région parisienne, et à Florange en Moselle. ArcelorMittal employant 5 600 cols blancs environ, le plan touchera un emploi sur quatre dans ces activités.

Pour la direction, il doit s’agir d’un plan de départs « volontaires », et « il n’y aura pas de licenciements secs », a promis lundi le DG France, Daniel Soury-Lavergne, qui compte faire signer aux syndicats un « accord de groupe » sur les modalités d’accompagnement du volontariat ». Mais comme chez Renault, où le même discours a été tenu par le PDG Carlos Ghosn, les syndicats soulignent que vu le contexte de crise, ils voient mal comment 1 400 salariés pourraient se porter candidats au départ. « Pour trouver 1 400 volontaires qui partiraient début 2009, il ne reste que trois semaines (…). De tels délais vont mettre la pression sur les salariés », a déclaré à l’AFP Michel Tosi, secrétaire de la CFDT à Fos-sur-Mer, qui craint du « volontariat forcé ».

La direction justifie ce plan par le contexte d’« effondrement des commandes d’acier dans le monde » due notamment à une chute d’activité dans l’automobile et le bâtiment, principaux clients de la sidérurgie. Pour le PDG France, « ArcelorMittal est contraint d’adapter ses structures mondiales », qui étaient « dimensionnées pour répondre à une croissance forte de la sidérurgie depuis cinq ans ». Les syndicats ne nient pas cette baisse de demande, mais estiment que le groupe utilise la crise pour mieux faire passer des dégraissages déjà programmés. « Le groupe surfe sur la crise, il anticipe des restructurations qu’il avait dans ses cartons depuis plusieurs mois », a ainsi déclaré à l’agence Reuters Philippe Verbeke, représentant CGT dans le groupe. Pour lui, les sites sidérurgiques risquent d’être « désorganisés » par ces suppressions d’emplois, ce qui servira ensuite à justifier des délocalisations de production vers les pays à bas coût.

Le cégétiste rappelle qu’en parallèle, ArcelorMittal a annoncé que les dividendes versés aux actionnaires seraient les mêmes en 2008 qu’en 2007, soit « quatre milliards d’euros répartis entre les actionnaires, alors qu’on doit faire un milliard d’économies ». Lakshmi Mittal encaissera une bonne partie de cette somme puisqu’il possède plus de 43 % des actions du groupe. « Il y a une focalisation sur les personnes pour passer ce cap difficile, mais dans le même temps la direction continue de verser des dividendes importants », appuie Olivier Cayla, délégué CGC. Trois rencontres entre direction et syndicats sur le plan de départs sont prévues les 10, 15 et 19 décembre. La CGT du groupe prévoit une manifestation devant le siège français du groupe à Saint-Denis, le 10 décembre.

Fanny Doumayrou

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Tag(s) : #Economie
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