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Société - Article paru le 29 novembre 2008

france

Face aux morts de la rue, Sarkozy agite le « bon sens »

SDF . Alors qu’un sixième sans-abri est décédé hier à Paris, le chef de l’État propose un bricolage des mesures d’hébergement d’urgence.

C’est un chauffeur-livreur qui a fait la macabre découverte. Hier matin, le corps sans vie d’un sans-abri a été retrouvé sur un trottoir du 4e arrondissement de Paris. Il s’agit du sixième décès de sans-abri en un mois, en région parisienne. Il intervient après celui, mercredi, d’un homme découvert dans la camionnette où il vivait seul, à Gennevilliers (92). Ce nouveau drame porte à 265 le nombre de SDF morts cette année. Et alimente, s’il était besoin, le vif débat de ces derniers jours sur les insuffisances du dispositif d’aide.

Après avoir souhaité mercredi l’hébergement obligatoire des sans-abri par grand froid, idée relayée par Christine Boutin sous les huées des associations, Nicolas Sarkozy a opéré hier un savant rétropédalage. « Il y a un équilibre de bon sens à trouver entre un hébergement obligatoire et laisser le SDF dans une situation de danger », a affirmé le chef de l’État, à Meaux, lors de son discours sur la crise du logement (lire ci-contre).

Son idée ? Mettre le SDF « en situation de décider ». Comment ? « Je propose que cette personne-là, qui n’est pas lucide, on lui donne à manger, on lui propose de la soigner, on lui permette de prendre une douche ou un bain, on lui montre la chambre ou le lit qu’on lui propose. Si elle n’en veut pas, elle reprend la rue… »

Pas de quoi convaincre la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (FNARS). Jeudi, elle a regretté l’absence d’un « pilotage politique fort » sur cette question. « La France ne peut pas se satisfaire d’une politique fondée sur la compassion et l’urgence », assène Nicole Maestracci, sa présidente. « Les 100 000 SDF recensés en France ne meurent pas qu’en hiver et il est naïf d’imaginer qu’on va régler le problème en renouvelant chaque année les dispositifs d’urgence. »

Pour la FNARS, la pilule est d’autant plus amère que la fausse naïveté du gouvernement est scandaleuse. Il y a d’abord l’encombrante promesse de Nicolas Sarkozy. En 2006, durant la campagne présidentielle, il assurait, la main sur le coeur, qu’en cas d’élection, il ferait en sorte que « d’ici deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid ». On compte encore les morts.

« Pourtant, les solutions existent et sont identifiées », note Nicole Maestracci. Il y a un an, un rapport intitulé « Sortir de la rue » avait été rédigé à l’issue d’une conférence réunissant des centaines de professionnels de terrain, de sans-abri et d’experts. Ses conclusions ? Ne pas sombrer dans la spirale de l’hébergement d’urgence, construire des logements à loyer très modéré… Une certaine Christine Boutin avait ouvert ces travaux. Elle s’était même engagée, la « rage au coeur », à « reprendre le maximum des propositions ». Quelle blague ! Les mois ont défilé. Sans que rien ne vienne. Ou plutôt si : un projet de loi de finances 2009 qui prévoit une baisse de 30 % des crédits pour la construction de logements sociaux… Accablant.

Laurent Mouloud

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Tag(s) : #Politique
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