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Tribune libre - Article paru le 28 novembre 2008 dans l'Humanité

 

L’eau, un choix d’utilité publique !

Par Gilles Poux, maire de La Courneuve, vice-président du Syndicat des eaux d’Île-de-France.

Le futur choix du Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF) à propos de son mode de gestion suscite un important et légitime débat, tant la question de l’appropriation sociale de la gestion des ressources en eau est un enjeu majeur.

Mais, de grâce, arrêtons les anathèmes et les caricatures. La première question qu’il me paraît nécessaire de poser est : « Est-ce que les 144 communes qui ont construit ce syndicat en 1923 pour permettre aux quatre millions d’abonnés d’avoir en permanence une eau de qualité, une sûreté d’approvisionnement ont failli ? » À l’évidence non, les chiffres sont là. 93 % des usagers sont satisfaits et toutes les études techniques montrent le haut niveau de prestation, comme la fiabilité du réseau.

Dans ce résultat, les élus communistes ont su jouer leur rôle, et je pense particulièrement à Jean-Pierre Brard, mon prédécesseur, qui a contribué à faire évoluer cet outil afin que les élus et les citoyens le maîtrisent tout en portant avec succès l’exigence d’une réduction du prix du mètre cube d’eau.

La deuxième question concerne les processus de décision en cours : « Y a-t-il un coup de force ? » Franchement je ne le pense pas. Quel que soit le choix que feront les 144 délégués le 11 décembre 2008, celui-ci se fera au bout d’un vrai processus démocratique. Alors que le contrat qui lie le syndicat à Veolia arrive à terme le 31 décembre 2010, c’est dès 2006 que la réflexion a été lancée. Ce processus a commencé par une mise à plat de la gestion actuelle en toute transparence avec l’appui d’un cabinet indépendant. Toutes les pistes de gestion à venir ont été mises en débat, des séances d’information et d’échanges avec les délégués ont été organisées, comme des réunions du comité syndical pour faire le point en lien avec le travail d’expertise du cabinet d’audit. Des rencontres avec les associations d’usagers, notamment l’UFC-Que choisir, se sont tenues. Les différents groupes, dont le nôtre, ont organisé des séances de travail, des délégués ont pris l’initiative de rencontres publiques, de séances exceptionnelles de conseils municipaux. Au final, on peut dire que jamais, dans la vie du syndicat, une telle volonté de participation citoyenne n’a été à l’ordre du jour. J’ai la faiblesse de penser que le travail des élus communistes n’y est pas pour rien. On peut même ajouter que rarement dans les décisions stratégiques des différents syndicats intercommunaux, des conseils municipaux ou généraux de telles pratiques sont à l’oeuvre.

La troisième question a trait à la position réelle des élus communistes et partenaires. Celle-ci s’est appuyée sur notre détermination à porter l’exigence d’un grand service public national de l’eau. Car, non, l’eau n’est pas une marchandise, cela suppose donc de sortir sa gestion de la sphère des marchands. Cela nous interpelle sur la bataille politique en faveur de la nationalisation des deux grands groupes français (Veolia et Suez) afin de redonner à la puissance publique les outils techniques indispensables à la maîtrise et au développement de la production de l’eau, qui manque aujourd’hui.

Parallèlement, nous avons oeuvré pour que, sans attendre cette échéance, le choix à venir n’hypothèque pas une mutualisation entre les quatre syndicats de la région parisienne. Enfin nous avons posé avec force l’exigence d’une baisse du prix du mètre cube d’eau grâce à un meilleur contrôle des prestations et l’arrêt des marges scandaleuses que réalise Veolia, la mise en place d’une tarification sociale, rendant ce bien accessible à tous. C’est au regard de ces ambitions transformatrices et face à l’absence de solution satisfaisante aujourd’hui que notre groupe a pris position (17 pour et 3 abstentions) en faveur d’une régie publique avec marchés publics, ce qui nous conduira le 11 décembre 2008 à voter contre le choix proposé d’une régie intéressée. La dernière question pourrait être « le 11 décembre 2008 sera-t-il la fin de l’histoire ? ». Je ne le crois pas. Nous aurons alors, quelle que soit l’issue du vote des délégués, deux ans de travail pour préparer la mutation à venir. Un autre travail commencera pour permettre, quelle que soit la décision prise, de mettre en place une gestion plus démocratique, plus transparente, plus efficace et plus rigoureuse sur le plan financier. Même si, sur ce dernier point, il ne faut pas oublier que pour un mètre cube d’eau moyen vendu à 3,98 euros TTC, le SEDIF pèse pour 1,843 euro TTC, la différence trouvant sa source dans les taxes et redevances pour le traitement des eaux usées.

C’est cet esprit de responsabilité qui anime notre travail et qu’attendent de nous les usagers.

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Tag(s) : #Environnement
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