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Société - Article paru le 27 novembre 2008 dans l'Humanité

« Dans les quartiers populaires, il y a aussi des gens compétents »

Banlieue . La SNCF recrute au pied de la cité Montconseil, à Corbeil-Essonnes. Reportage.

Ils sont sans conteste sous le charme de l’homme costumé, à l’accent identifiable entre mille. « Il est trop fort le Marseillais. Il est comme nous, il est parti de rien, ça donne de l’espoir. » Karim Zéribi ne laisse visiblement pas indifférents les quarante jeunes de la cité Montconseil, à Corbeil-Essonnes, qui assistaient, mardi soir, à une rencontre d’information sur les recrutements à la SNCF. Natif des quartiers Nord de Marseille, l’ancien contrôleur de trains est désormais conseiller du président de cette grande entreprise publique, chargé du domaine égalité des chances.

Promouvoir la diversité

« Si notre entreprise ne ressemble pas à la France d’aujourd’hui, elle sera en décalage avec notre clientèle. Or, c’est elle qui fait vivre la SNCF », lance Karim Zéribi d’une voix passionnée, assis dans l’étroite salle de l’association Millénium (1), face à des jeunes hommes (et seulement deux femmes), dont certains à la tête recouverte d’une casquette ou d’un bonnet, en dépit de la chaleur qui envahit l’espace. Ils ont entre les mains des plaquettes de présentation des métiers à pourvoir pour les candidats titulaires d’un CAP à un bac + 4. Auparavant, ils avaient visionné un petit film au cours duquel des professionnels décrivaient leur poste.

« Je suis très motivé pour obtenir un emploi. Sans cette rencontre, je n’aurais jamais postulé spontanément à la SNCF », jubile Mohamed, dix-neuf ans. Motivé, Sofiane, dix-huit ans, l’est aussi : « Je pensais que cette entreprise, c’était pour les VIP. Je suis agréablement surpris qu’ils viennent jusque chez nous pour embaucher. » Signataire, en octobre 2004, de la charte de la diversité, la SNCF innove en débusquant au plus près de chez eux les jeunes susceptibles de figurer parmi ses futurs salariés.

C’est le cas à Corbeil— Essonnes, où le consultant de la SNCF, Abdelati Laoufi, sillonne le terrain à la rencontre des institutions (ANPE, mission locale pour l’emploi, mairie…), à qui il remet la liste des métiers disponibles dans la région. Mais la réunion en direct avec les jeunes demeure pour lui « indispensable si l’on veut toucher les laissés-pour-compte, qui ne se rendent pas dans ces structures ».

Pour preuve, ce soir encore, à la cité Montconseil : « J’ai arrêté d’aller à l’ANPE car je ne trouvais rien, raconte Mohamed. Là, j’ai de l’espoir, même si le Marseillais nous a bien dit que tout le monde ne pouvait pas être pris, que le plus compétent gagnerait. » « J’aimerais me dire que je me réveillerai le matin pour aller travailler », s’enthousiasme Sofiane.

Prochaine étape pour ces jeunes de Montconseil : le forum Égalité et compétences organisé, le 4 décembre, dans leur ville. C’est là, après un entretien personnel avec un recruteur, que la décision sera prise de poursuivre ou non l’aventure avec la SNCF. Ces forums sont initiés, depuis 2006, par Karim Zéribi. Dans les quartiers populaires, il y a aussi des gens compétents, - explique le conseiller à l’assistance tout ouïe, mais qui s’autocensurent pour postuler à la SNCF, pensant qu’ils n’y ont pas leur place. Il faut sortir de la culture de la défaite et du fatalisme. Il faut relever la tête. »

Les paroles de Karim Zéribi font mouche. Surtout quand il rejette toute politique de quotas ou de discrimination positive. Azedine Ouis, responsable de l’association Millénium, applaudit des deux mains : « La discrimination positive, c’est du cinéma, du baratin. On nous endort avec ce genre de concept. » Aussi jeune que ceux qui sont amassés dans les locaux de l’association, il affiche un large sourire à l’issue de la rencontre : « J’ai été obligé d’y refuser une vingtaine de personnes pour des raisons de sécurité. J’ai tout de même pris leur CV. Quand il y a du concret, on répond présent. Or, le plan banlieue de Fadela Amara, c’est du vent. » Ce soir, les jeunes quittent la réunion, en plein coeur de la cité Montconseil, la mine resplendissante.

(1) Créée en 2001, l’association entend tisser des liens entre les habitants et les institutions et développer des activités autour de l’insertion des jeunes.

Mina Kaci

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Tag(s) : #Société
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