« La présidentialisation contamine aujourd’hui la vie interne du PS »
Le PS, déchiré entre les deux candidates au poste de première secrétaire, fait-il les frais d’une présidentialisation du régime dont il a été l’artisan ?
Serge Regourd. Manifestement, oui. La décision du gouvernement Jospin d’inverser le calendrier au moment du passage au quinquennat a considérablement renforcé la nature présidentielle du régime. Placée chronologiquement avant les législatives, la présidentielle est devenue, avec ces réformes, l’axe majeur de la vie politique. Cette évolution institutionnelle s’est accompagnée de processus de personnalisation, pour ne pas dire de peoplisation très marqués, en particulier dans le cas de la candidature de Ségolène Royal. Même si l’aile droite du PS est plutôt derrière Ségolène Royal, et l’aile gauche davantage derrière Martine Aubry, personne, en réalité, ne peut établir entre elles de ligne de clivage très claire sur des projets politiques, des programmes fondamentalement différents. Ce sont donc bien des questions de personnes, liées à la prévalence de la présidentielle, qui occultent tout autre débat.
C’est donc, selon vous, l’élection même du président de la République au suffrage universel direct qui est en cause ?
Serge Regourd. Pour beaucoup d’observateurs critiques de la Ve République, cette question est posée depuis longtemps. Le texte initial de la constitution de 1958 ne prévoyait pas l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Ce mode de scrutin a été introduit par la suite, avec la révision constitutionnelle de 1962. Cette élection fut en quelque sorte taillée sur mesure pour le général de Gaulle. Il y avait dans la logique gaullienne une empreinte de dépassement des partis, une logique que d’aucuns ont pu qualifier de « bonapartiste », qui supposait un appel direct au peuple. Le recours au suffrage universel direct était en parfaite cohérence avec cette conception gaullienne. Le problème, c’est que les successeurs ou les prétendants à la succession du général de Gaulle ne pouvaient pas se prévaloir a priori d’une telle légitimité. La recherche de légitimité, de notoriété, de reconnaissance a dans l’après-gaullisme transité par l’élection présidentielle. En caricaturant, on pourrait dire que la course à la présidentielle est devenue un processus d’affirmation, de recherche de légitimité personnelle qui est venu se superposer aux projets proprement politiques, au risque de les occulter. C’est à cela que nous avons assisté lors de la dernière campagne présidentielle. La personnalisation, la substitution du « je » au « nous » ont prévalu chez Ségolène Royal comme chez Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, les stigmates de ce processus viennent contaminer la vie interne de formations politiques comme le Parti socialiste.
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
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