Le ministère de l’Éducation traque les « risques d’opinion »
Enseignement . Xavier Darcos et Valérie Pécresse vont dépenser 220 000 euros pour faire surveiller la blogosphère des professeurs. Indignation dans la communauté enseignante.
Objectif affiché : « Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte, analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau, décrypter les sources de débats et leurs modes de propagation, anticiper et évaluer les risques de contagion » et limiter les crises « dans lesquelles les ministères se trouveraient impliqués ». Mise en oeuvre utilisée : un double appel d’offre à l’initiative de Xavier Darcos pour l’éducation et de Valérie Pécresse pour l’enseignement supérieur ayant pour objet « la veille d’opinion » avec un cahier des charges très précis paru au Journal officiel le 4 novembre dernier. Le tout assorti d’un budget de 220 000 euros décrié par des syndicats qui déplorent, par ailleurs, les milliers de suppressions d’emplois et les coupes claires dans les crédits budgétaires.
« Et la chasse aux dépenses ? »
Le futur prestataire devra étendre la veille sur Internet (« médias en ligne », « sites des syndicats », « blogs », « forums grand public », « pages personnelles », etc.) ainsi que sur la presse écrite, les dépêches d’agence de presse, les baromètres études et sondages. « Clé de voûte » du dispositif, le passage en « mode alerte » qui permettra aux autorités de localiser les sources de troubles et d’identifier les crises potentielles avant même qu’elles surgissent. En résumé, les deux ministères veulent être au courant en temps réel de tout ce qui peut agiter l’opinion et faire germer la contestation.
Pas de fichage, dit le ministère
Dans un communiqué, le SGEN-CFDT a estimé que l’argent dédié à cette opération « pourrait être investi plus utilement dans le dialogue social ». « Nos ministres n’envisagent donc pas d’autres moyens de connaître l’opinion et les attentes de leurs personnels que par la surveillance des échanges sur le Net ? » s’interroge-t-il. De son côté, le SE-UNSA « rappelle que le dialogue social avec les organisations représentatives » exerce lui-même des « fonctions d’analyse, de prévention et de règlement des problèmes ». En outre, il « constate que la chasse systématique aux dépenses, qui, lorsqu’il s’agit des personnels et des élèves, se traduit par des milliers de suppressions d’emplois et des restrictions massives des crédits budgétaires, peut souffrir des exceptions lorsqu’il s’agit d’un service du ministre ».
Au cabinet de Xavier Darcos, on dément ces accusations tout en reconnaissant une attention particulière portée à l’opinion des profs. « Il s’agit d’un appel d’offres renouvelé chaque année depuis 2006 », précise-t-on à la délégation communication du ministère. « Ce qui est nouveau, c’est la place occupée aujourd’hui par les forums et les blogs sur Internet. Il est très intéressant pour un ministre de connaître l’opinion de ses agents et en premier lieu des enseignants », explique-t-on au ministère. Et d’ajouter que le dispositif est en place dans tous les grands ministères et qu’« il n’est pas question d’un esprit de fichage, mais d’une connaissance plus fine de la façon dont les enseignants perçoivent la politique de leur ministre ». Pour mieux faire évoluer celle-ci ? Rien n’est moins sûr.
Sophie Bouniot
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)