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Société - Article paru le 15 novembre 2008 dans l'Humanité


Sarkozy demande un fichage des malades mentaux !



Santé . Le chef de l’État a commandé jeudi une réforme en profondeur de l’hospitalisation et du suivi psychiatrique des malades dangereux.

Un cas fait-il loi ? La réponse est toujours oui, selon Nicolas Sarkozy, qui a demandé jeudi que soit développé un dispositif de fichage des malades mentaux à l’extérieur des établissements psychiatriques. Dès le lendemain du meurtre d’un jeune homme par un déséquilibré, le chef de l’État a convoqué ses ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé pour leur commander « une réforme profonde du droit de l’hospitalisation psychiatrique ». Celle-ci devra permettre de « mieux encadrer les sorties des établissements », d’« améliorer la surveillance des patients susceptibles de représenter un danger pour autrui, dans le cadre de la création d’un fichier national des hospitalisations d’office ». Elle devra, enfin, « clarifier le partage des compétences administratives dans le pilotage de ces dossiers ».

Réactivité responsable ou précipitation populiste ? Roland Coutanceau, président de la Ligue française de santé mentale, refuse de rentrer dans un débat qu’il juge politique. Préférant s’en tenir à son point de vue de praticien, il ne boude pas l’idée visant à améliorer la prise en charge des malades très dangereux. « Seule une faible minorité pose problème, admet le psychiatre. Il n’empêche que l’on ne peut se résoudre au fatalisme qui consiste à dire que l’on n’y peut rien. » Insistant sur la nécessité d’accroître l’aide aux familles de malades, il approuve également le principe, plus polémique, de développer une synergie entre les services de santé, de justice et de police et de rendre obligatoire un suivi des malades après leur sortie. « Je veux attendre et voir ce qui sera proposé », résume-t-il, assumant là une position marginale dans sa profession.

Olivier Labouret (1) relève les inquiétudes que la commande présidentielle soulève. « Encore une fois, Nicolas Sarkozy instrumentalise un fait divers pour avancer ses projets », souligne le vice-président de l’Union syndicale de la psychiatrie. « Le président affiche la volonté de garantir le risque zéro. Or non seulement celui-ci n’existe pas, mais chercher à l’atteindre déboucherait sur une société totalitaire. »

Alertant, par ailleurs, quant à la tendance accrue de psychiatriser toutes les formes de violence, il ne réfute pas pour autant la nécessité d’améliorer le système psychiatrique. Mais pose deux préalables. « D’abord, il faut s’en donner les moyens », note-t-il, rappelant le déficit de 1 000 médecins psychiatres dont souffrent les hôpitaux. Ensuite, poursuit-il, il faut des garde-fous. « Garantir, par exemple, que chaque internement ou suivi psychiatrique relève d’une décision judiciaire. » Dans le cadre, bien évidemment, d’une justice qui reste indépendante du politique.

(1) Auteur de la Dérive idéologique de la psychiatrie - quand le président se prend pour un psy, c’est la France qui devient folle, Olivier Labouret, Éditions Érès, 2008, 22 euros.

Marie-Noëlle Bertrand

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Tag(s) : #Politique
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