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International - Article paru le 13 novembre 2008 dans l'Humanité

Bolivie. « Pour une Constitution intégrante et participative »



Silvia Lazarte est présidente de l’Assemblée constituante chargée du texte fondamental soumis au vote des citoyens en janvier 2009. Entretien.

Le 25 janvier 2009, les Boliviens sont appelés à ratifier la nouvelle Constitution. Cette consultation met un terme, du moins pour l’heure, à la crise politico— institutionnelle dans laquelle se trouvait la Bolivie depuis deux ans. La présidente de l’Assemblée constituante, Silvia Lazarte, répond aux questions de l’Humanité.

Après deux ans d’obstructions de la part de l’opposition, comment êtes-vous parvenu à un accord ?

Silvia Lazarte. Grâce à la conscience des constituants, nous avons pu achever la Constitution et la remettre au président du Congrès, aux parlementaires et au peuple bolivien. Elle a été élaborée par 255 députés représentant tous les secteurs de la Bolivie, et 26 partis politiques. Nous avons recueilli des propositions dans tous les départements, alors que l’ancienne Constitution avait été rédigée entre quatre murs par des professionnels. Personne n’a été marginalisé. Cette Constitution est intégrante et participative. Pourtant, durant tout le processus, nous avons affronté la résistance de groupes qui s’accrochaient à leurs privilèges. Lorsque j’ai assumé mes fonctions de présidente de la Constituante, certains l’ont pris comme une insulte parce que j’étais une femme et une indigène. Puis, pour faire obstacle, l’opposition a prétexté qu’il fallait les deux tiers des votants pour adopter la Constitution alors qu’aucun groupe ne disposait de cette majorité dans l’Assemblée. Ensuite, elle a lancé l’idée du changement de capitale. Enfin, l’opposition a lancé le thème des autonomies. Les référendums illégaux qui ont été organisés dans certains départements (de l’Est bolivien, où se concentrent les principales richesses du pays - NDLR) voulaient instaurer des autonomies séparatistes. L’opposition voulait renverser le président, Evo Morales. Mais nous sommes parvenus à un accord avec quatre partis. Une fois la Constitution approuvée, des élections présidentielle et parlementaires anticipées auront lieu en décembre 2009.

Quelles ont été les modifications introduites par rapport au texte initialement prévu ?

Silvia Lazarte. Il y en a eu plus d’une centaine. Nous avons eu une discussion très forte autour de la réélection présidentielle. L’opposition a voulu la limiter à deux mandats consécutifs. Pour maintenir l’unité de l’opposition et du socialisme, et de son pays, le président Evo Morales a décidé qu’il ne briguera pas un autre mandat après 2009. Il y a eu également un débat tendu sur le thème des autonomies. Des secteurs de l’opposition les voyaient d’un mauvais oeil alors qu’eux-mêmes ont promu des autonomies séparatistes. La nouvelle Constitution, elle, prend en compte tous les types d’autonomies - municipale, indigène, départementale - mais dans le cadre prévu par la loi.

La question de la terre, et donc des grandes propriétés terriennes, sera aussi soumise à référendum ?

Silvia Lazarte. Cette question a fait débat. Car certains estimaient qu’il n’était pas normal que des personnes cumulent des milliers d’hectares quand d’autres n’ont aucune terre. Nous sommes face à un problème de cumul de propriétés mais qui ne remplissent aucune fonction économique et sociale. Les Boliviens vont choisir entre deux propositions de superficie, de 5 000 hectares ou de 10 000 hectares (cette limite s’appliquera avec l’entrée en fonction de la Constitution mais ne sera pas rétroactive - NDLR). Les propriétaires qui ne respecteront pas la loi devront restituer leurs terres à l’État qui, lui, les redistribuera à ceux qui n’en ont pas.

Pourquoi proclamez-vous que cette Constitution va refonder la Bolivie ?

Silvia Lazarte. Pour la première fois de notre histoire, la Constitution proclame l’État plurinational. Elle reconnaît les cultures et les langues de toutes les ethnies de la Bolivie. La Constitution garantit l’éducation publique et privée, l’égalité des droits des femmes et des hommes. Elle respecte nos cultures et nos coutumes, qui ne l’avaient jamais été jusqu’à présent. L’eau, par exemple, est désormais un droit qui ne pourra être privatisé. Notre pays a été marginalisé et appauvri parce que les gouvernements antérieurs ont privatisé, pour une bouchée de pain, les ressources naturelles. Aujourd’hui il existe une conscience pour récupérer notre patrimoine afin qu’il bénéficie à tous les Boliviens.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe

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Tag(s) : #Monde
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