L’UMP ressort les subprimes à la française
Droite . Le parti de Sarkozy planche sur la « refondation du capitalisme » en fustigeant l’État « tourmenteur » et en enfonçant le clou du libéralisme.
Dans la tourmente on serre les rangs à l’UMP. Au rendez-vous du parti présidentiel pour un « point d’étape » sur la « refondation du capitalisme » on a beau être ministre et avoir un emploi du temps surchargé on est tenu de répondre présent. Christine Lagarde, pour l’Économie et les Finances, Éric Woerth, ministre du Budget, Christine Boutin, ministre du Logement, Hervé Novelli, secrétaire d’État au Commerce, ou Laurent Wauquiez, chargé de l’Emploi sont ainsi venus recevoir, rue de La Boétie, les premières conclusions d’un rapport concocté par les instances de l’UMP.
Mais pas seulement. Une trentaine de spécialistes des questions économiques, venus d’horizons divers, de Bernard Maris, de Charlie Hebdo, à Charles Beigbeder, PDG de Poweo, en passant par Jean-Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), tous sont venus participer aux « ateliers du changement » de l’UMP et prêter main-forte au parti de Nicolas Sarkozy, pour « sauver le capitalisme ».
Il résulte de ces travaux, menés depuis le 15 octobre dernier, 37 propositions destinées officiellement à nourrir la réflexion du gouvernement et à « apporter des solutions concrètes à la crise », selon Frédéric Lefevbre, député UMP et porte-parole du parti.
Sans grande surprise, la première piste explorée tend à répondre au voeu présidentiel de créer « un véritable gouvernement économique de la zone euro » et ce, précise le texte, « sans remettre en cause l’indépendance de la Banque centrale européenne ». Et c’est là tout le malheur de l’UMP. Comment refonder sans rien changer ?
On propose alors de « noter les agences de notations », de mettre en place « une véritable régulation européenne et internationale du système financier » ou encore « de faire entrer toutes les zones grises de la finance mondiale dans ce champ de régulation », comprenez les paradis fiscaux ou divers outils financiers non contrôlés comme les hedge funds.
Mais, au détour des quelques incantations qui donnent le ton aux conclusions de ces ateliers, on prend soin d’enfoncer le clou sur les réformes libérales, dont la droite et le gouvernement refusent obstinément de faire le deuil. Ainsi la « piste 29 » préconise-t-elle de « libéraliser le travail le dimanche sur la base du volontariat ». Plus loin on peut lire qu’il « faut passer de l’État tourmenteur à l’État partenaire des entreprises ». Un État « tourmenteur » qui délivre pourtant, sous forme d’exonération de cotisations ou de subventions directes, 60 milliards d’euros par an aux entreprises sans être capable d’en mesurer l’efficacité. « L’équivalent du budget de l’Éducation nationale » indique un rapport accablant de l’Inspection générale des finances daté de 2007 (1). On entend par ailleurs imposer aux services de l’emploi (pôle emploi) « une obligation de résultats » jugeant sans doute que l’ANPE peut se substituer aux entreprises pour créer des offres sur le marché du travail.
Mieux, malgré les terribles conséquences aux États-Unis des crédits hypothécaires à risques (subprimes), on ressort du placard l’idée de Nicolas Sarkozy d’instaurer des « subprimes à la française ». Cela afin « d’aider les plus modestes et les classes moyennes à devenir propriétaires ». Certes on les veut mixtes. Ces crédits « prendraient en compte les revenus », admettent les auteurs, mais ils seraient néanmoins gagés sur la valeur du bien acquis.
Heureusement « le capitalisme reste le meilleur des systèmes, c’est ce que nous enseigne l’histoire », précise le texte et dans la foulée on s’est mis d’accord sur les termes : « refonder le capitalisme » n’implique pas de le changer mais de « retrouver ses fondations » prévient Frédéric Lefebvre. « Le profit est la récompense de la vertu », conclut ironique Patrick Devedjian. Dans ces ateliers la vertu de l’UMP sera d’avoir recyclé à droite le travail d’experts dont certains se proclament ouvertement à gauche.
(1) http://www.audits.performance-publique.gouv.fr/bib(res/496.pdf.
Frédéric Durand
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