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Politique - Article paru le 7 novembre 2008 dans l'Humanité

Face à la crise

Selon Sarkozy la crise coûterait 800 milliards à l’Europe !

Sarkozy a chiffré à cette somme la note, en dollars, de la crise, à l’occasion d’une réunion de parlementaires, avant de démentir puis de relativiser son propos. Récit.

Huit cents milliards de dollars ! C’est le coût de la crise avancé par Nicolas Sarkozy aux parlementaires membres du groupe de travail sur la crise financière, et rapporté par le député Jean-Pierre Brard (apparenté PCF) qui participait à la réunion à l’Élysée aux côtés du sénateur (du PCF) Bernard Vera. Une véritable bombe que les services de l’Élysée ont aussitôt cherché à désamorcer, qualifiant ce chiffre de « fantaisiste ». « Les systèmes de garantie ou de participation mis en place à travers l’Europe n’ont aucun coût pour le contribuable », ont-ils affirmé. Avant d’ajouter dans un énième rectificatif que « le chiffre de 800 milliards cité par Nicolas Sarkozy concernait le montant en dollars des créances pourries affectant les banques européennes et non pas le coût de la crise ».

« Le chiffre est énorme, c’est incontestable, tout autant que le chef de l’État l’a prononcé devant une trentaine de convives, sans préciser s’il s’agissait d’euros ou de dollars », s’amuse Jean-Pierre Brard. Un chiffre en tous les cas comparable à celui de la crise aux États-Unis. Présent à l’Élysée, le sénateur (Verts) Jean Desessard, rattaché au groupe PS, a confirmé les propos de Nicolas Sarkozy. « Je l’ai entendu aussi, Brard n’a rien inventé ». Pour Jean-Pierre Brard, ce coût est bien celui de « la casse liée à la crise ».

Les élus communistes et républicains ont par ailleurs dénoncé un exécutif qui « cherche à fixer au groupe de travail une sorte de "feuille de route". Ainsi ce sont les questions du rôle des agences de notation, les dérives de la titrisation, l’application des normes comptables d’origine nord-américaine et la rémunération des acteurs de marché qui seraient, de manière technique et presque artificielle, placées au coeur de la réflexion ». Or, pour les deux parlementaires, « malgré l’importance de ces questions, ce ne sont pas les enjeux essentiels ». « Le groupe de travail parlementaire ne peut se contenter d’appréhender une petite partie des problèmes, estiment-ils. Il doit formuler des propositions novatrices et des réponses structurelles, dépassant la simple technique financière. »

Et de poser avec force « la question centrale de l’accès au crédit et de l’utilisation de l’argent », de même que celle de la construction européenne, qui « non seulement ne nous a pas protégés de la crise, mais n’a fait, sur bien des aspects, que la favoriser et l’accentuer ».

Bernard Vera et Jean-Pierre Brard ont donc reformulé les propositions mises sur la table par les parlementaires communistes et républicains. Parmi celles-ci, « le développement d’un pôle public financier, associant aux établissements de crédit encore investis de missions publiques, les banques et compagnies d’assurances privatisées depuis 1986, où l’État doit prendre des participations significatives », pour impulser une « nouvelle politique du crédit, favorisant les investissements créateurs d’emploi et de croissance, et rejetant les logiques financières purement spéculatives ». Les deux élus demandent aussi à la France de « s’impliquer » dans « la mise en question de l’action des institutions financières internationales », et notamment du FMI.

Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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