Les débordements gâchent le contre-sommet de Vichy
Immigration . Manifestations et meeting organisés mardi en marge du sommet européen ont été écourtés suite aux affrontements entre autonomes et CRS.
Vichy (Allier), envoyée spéciale.
Cusset, lundi soir, vers 22 heures. Un empilement de tables de pique-nique, poubelles et panneaux de circulation flambe d’un côté de la place. Retranchées derrière cette barricade improvisée, des dizaines de jeunes masqués jettent bouteilles et pavés. De l’autre, des rangées de CRS attendent, prêts à charger. Du ciel, un hélicoptère éclaire la scène avec un faisceau lumineux. Ça y ressemble fort, mais ça n’est pas du cinéma. Et la petite ville de Cusset, près de Vichy, n’avait pas dû connaître pareille bataille rangée depuis fort longtemps…
Une trentaine d’interpellations
Le contre-sommet organisé par la société civile, en marge du sommet sur l’immigration présidé par Brice Hortefeux, avait pourtant bien commencé. À 18 heures, 4 500 manifestants (2 000 selon la police) se mettent en marche. Chacun y va de son slogan : « Sois bon citoyen, dénonce ton voisin », « Halte au fascisme rampant » ou - encore « Nos rêves ont plus d’avenir que leurs cauchemars ». Une fois dans le centre de Vichy, la manifestation dégénère. « Les services de police n’ont pas joué le jeu, regrette Michel Beau, l’organisateur communiste du contre-sommet. Alors qu’ils ne devaient pas être au contact, les CRS étaient très visibles. Dès qu’ils ont été agressés, ils ont réagi en lançant des bombes lacrymogènes sur tout le monde, sans faire de détail… » Le cortège se disperse dans la confusion aux alentours de 19 h 30. Bilan : une trentaine d’interpellations, trois voitures brûlées et trois policiers blessés. Hier après-midi, selon nos informations, une quinzaine de personnes étaient encore en garde à vue.
La suite est plus inattendue. Rendez-vous était donné dès 20 heures pour un grand meeting politique à Cusset, ville communiste à quelques kilomètres de Vichy. Sur la tribune, une série d’intervenants doivent développer les alternatives possibles à la politique européenne d’immigration. Dans la salle, un parterre de têtes chenues, tout ouïe. Après quelques interventions, le climat se tend. Trois jeunes prennent le micro : « Une masse importante de personnes ont été arrêtées. Tous au commissariat ! » Le fil des interventions reprend, ce qui n’est pas du goût de tout le monde. Florimond Guimard, du Réseau Éducation sans frontières (RESF), peine à se faire entendre. « Libérons nos camarades ! » crient et chantent plusieurs dizaines de jeunes.
Alors que la tribune tente péniblement de continuer les prises de parole, des débats enflammés s’engagent. « Y en a marre des meetings avec des gens qui dissertent pendant des heures, s’énerve Johann, vingt-deux ans. La gauche a toujours été divisée entre deux tendances : celle qui agit et celle qui parle. » Furieux, Michel Bouchet, secrétaire fédéral FSU Auvergne, hurle à son tour : « Vous vous trompez d’ennemis, nous, on se bat au quotidien pour les sans-papiers ! » Plus loin, un jeune homme qui souhaite garder l’anonymat interpelle les organisateurs : « C’est pas normal, il n’y a que des cravatés qui prennent le micro. » Chakoura Topal, présidente du collectif citoyen thiernois, se justifie : « On a organisé ça à notre façon, c’est peut-être contestable mais on mérite quand même un peu de respect. » Les débats sont rapidement couverts par le déclenchement de l’alarme incendie : « En raison d’un incident, veuillez évacuer les locaux par les issues de secours les plus proches », répète une voix enregistrée, qui alterne avec une sirène. Le maire de Cusset, René Bardet, à beau répéter que personne ne craint rien, l’alarme et les cris inquiètent les participants.
« Hortefeux a gagné… »
Finalement, attirés par les échauffourées à l’extérieur, les jeunes quittent le meeting. Dehors, plusieurs dizaines ont érigé une barricade pour, - disent-ils, se « protéger » des CRS. Devant les poubelles enflammées, Youri, vingt-trois ans, du Comité d’action et de soutien (CAS) de Bruxelles, justifie les violences : « Ce sont les flics qui ont commencé ! On voulait juste aller au commissariat où quinze Belges sont en garde à vue, mais les CRS nous ont tiré dessus avec des Flash-ball. » Et de montrer la balle en question.
À l’intérieur, les militants s’inquiètent de ne plus pouvoir sortir. René Bardet finit par annoncer au micro l’évacuation de la salle. Les lieux se vident rapidement. Dehors, ne restent plus que quelques irréductibles, prêts à jeter des pierres sur les pompiers venus éteindre le feu. Il faut attendre 23 heures pour que la place se vide complètement. Devant le béton encore fumant, Jeannine Lavédrine, militante communiste, ne cache pas sa déception : « Je suis écoeurée. Il a gagné, Hortefeux, là il a gagné… »
Marie Barbier
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