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Politique - Article paru le 28 octobre 2008 dans l'Humanité


Sarkozy tente la grande illusion sur le social !




LICENCIEMENTS . En visite dans les Ardennes, le chef de l’État doit annoncer un plan censé contrer les conséquences sociales de la crise. Tout en maintenant ses « réformes » qui dégradent l’emploi.

Tous les projecteurs seront braqués aujourd’hui sur le village de Rethel, dans les Ardennes, où Nicolas Sarkozy doit mettre en scène ce qui est présenté comme l’acte III de sa réponse à la crise. Après avoir couvert les banques de la plus extrême sollicitude et mis en place des dispositifs massifs d’aide aux entreprises, le chef de l’État va s’efforcer de démontrer qu’il ne se soucie pas moins du sort des salariés. Il a fort à faire. Selon les sondages, l’emploi a détrôné le pouvoir d’achat à la première place des préoccupations populaires. Chaque jour apporte son lot d’annonces de « plans sociaux », de chômage partiel, de faillites d’entreprise (voir p. 4). « La colère va monter dans les entreprises », avertissait il y a quelques jours le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque. Selon la formule de la dirigeante CGT Maryse Dumas, pour le monde du travail, « c’est la double peine » : hier, la diète salariale, pour favoriser la spéculation financière, et aujourd’hui, face à la crise engendrée précisément par cette politique, le chômage. Le sentiment général, c’est surtout que « le travailleur va payer pour le spéculateur », note un chercheur, Jean-Louis Levet, directeur de l’Institut de recherches économiques et sociales. Pour FO, les ingrédients d’un « incendie social » sont ainsi peu à peu réunis.

Il y a pourtant beaucoup à parier que le « plan emploi » du chef de l’État fasse pâle figure au regard tant de l’ampleur des conséquences sociales de la crise que des efforts titanesques consentis jusqu’ici pour la finance. Les principaux axes en ont été distillés ces derniers jours par la communication élyséenne et celle de ses ministres. Comme il l’a annoncé dans son discours d’Annecy, jeudi dernier, Nicolas Sarkozy entend tout d’abord maintenir, d’une poigne de fer, le cap des « réformes structurelles », à l’image de la fusion ASSEDIC-ANPE dont il vantera les supposés bienfaits en visitant le Pôle emploi (nom du nouvel organisme) de Rethel. Or, loin d’apporter la protection attendue, l’ensemble des réformes sarkozystes en matière sociale (qu’il s’agisse du régime du chômage, de l’« offre raisonnable d’emploi », de la déréglementation du temps de travail, etc.) ont eu jusqu’ici en commun de précariser un peu plus le sort des salariés, encore plus assujettis aux employeurs, et celui des chômeurs, de plus en plus contraints à accepter des emplois bas de gamme. Certaines apparaissent aujourd’hui plus que jamais comme allant à contresens, telle la défiscalisation des heures supplémentaires, facteur de destruction d’emplois. Ou, pire encore,

le non-remplacement de 30 000 départs dans la fonction publique, le gouvernement portant ainsi la responsabilité du plus vaste des « plans sociaux »…

UN VOCABLE ABUSIVEMENT UTILISÉ

Participant ensuite à une table ronde sur « la mobilisation pour l’emploi », le président devrait vendre une série de mesures qui ont déjà été utilisées, sans faire la preuve irréfutable de leur efficacité. Ainsi de la multiplication des contrats aidés dont l’expérience montre qu’ils se soldent par des effets d’aubaine pour les entreprises, les emplois aidés (avec fonds publics) se développant au détriment des contrats « normaux », sans engendrer, au final, une hausse du volume global de l’offre de travail. Nicolas Sarkozy devrait également faire grand cas du contrat de transition professionnelle (CTP), déjà expérimenté dans sept bassins, et dont l’utilisation pourrait être étendue, comme cela a déjà été promis dans le bassin de Sandouville. Notable progrès, comparé à l’assurance chômage classique, puisqu’il garantit 80 % du salaire pendant un an au travailleur licencié économique, le CTP présente de sérieuses « limites », souligne Maryse Dumas : les licenciements économiques ne représentent qu’une toute petite fraction des suppressions d’emplois, et, surtout, le CTP exonère l’entreprise de sa responsabilité pour le reclassement. « Nous serions favorables à l’élargissement du CTP, confie la dirigeante CGT, à condition de l’améliorer en le rapprochant du système de sécurité sociale professionnelle que nous demandons. » Sous ce vocable, abusivement utilisé par Sarkozy, le syndicat réclame un dispositif applicable à « tous les salariés et toutes les suppressions d’emploi », prévoyant le maintient du niveau de salaire et aussi du contrat de travail « jusqu’à ce que le reclassement soit effectif ». Le tout financé par une cotisation des entreprises liée à leur effort de reclassement. Pour faire bon poids, et à défaut de convaincre sur la sécurisation des emplois actuels, le chef de l’État devrait enfin broder sur le développement des « emplois de demain », emplois « verts », dans le secteur du numérique ou des services à la personne. Il est peu probable qu’une telle panoplie suffise pour dissiper l’inquiétude et le sentiment d’injustice du monde du travail. On y cherche en vain la moindre mesure de nature à dissuader les entreprises de jouer de l’emploi comme d’une variable d’ajustement pour satisfaire les appétits démesurés de leurs actionnaires. À quand un plan contre les licenciements et le chômage technique boursiers ?

Yves Housson

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Tag(s) : #Politique
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