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NATIONALISATION OU SOCIALISATION DES PERTES ?

pour un pôle public du crédit et des droits nouveaux


“Marx, reviens,
ils sont devenus fous !”



Cet appel ne serait pas d’une grande ori­ginalité s’il n’était lancé par l’une des figures les plus éminentes du capitalisme français, Arnaud Lagardère. Le gérant commandité du groupe qui porte son nom a ce renvoi d’estomac “ en voyant, écrit-il, de grandes banques américaines sauvées par des nationalisations ”. Effec­tivement, il y a de quoi en perdre son latin, on craint même que le locataire actuel de la Maison Blanche n’en vienne à réclamer des “ soviets partout ”, sur les trottoirs de Wall Street.

La liste des banques et des compagnies d’assurance rachetées en grande partie ou en totalité dans les pays capitalistes occidentaux s’allonge. Les gouverne­ments les plus libéraux semblent saisis par une fièvre collectiviste inattendue qui a quelque chose qui pourrait relever de l’acte manqué. Peut-on pour autant parler de nationalisations ? Il ne s’agit évidemment pas d’une reprise en main d’entreprises en vue d’engager un pro­jet de développement, tournant le dos à la course à la rentabilité financière, mais plutôt d’une socialisation des pertes des banques, l’État, le contribuable servant, pour utiliser une formule célèbre, de “ béquille au capital ”.

L’expérience française a montré que même dans le cadre d’une telle ambition de transformation à partir d’un “ seuil ” de nationalisations, le changement de propriété, s’il est nécessaire, n’est pas suffisant. C’est ainsi que les nationalisa­tions de 1981 ont surtout servi à ren­flouer une série de grands groupes industriels et financiers privés français assez mal en point pour nombre d’entre eux, avant qu’ils soient à nouveau priva­tisés par la droite et le PS, l’apport de fonds publics et les restructurations engagées ayant permis de restaurer leur rentabilité.

Pour lutter contre la crise financière, contre ses effets probables sur l’écono­mie réelle, des changements de propriété doivent être opérés. On serait cependant bien court et peu efficace si l’on en res­tait là, il faut aller au-delà et changer également la gestion dans le public et dans le privé. Les interventions actuelles des États et des banques centrales pour enrayer l’hémorragie financière, si limi­tées et insuffisantes soient-elles, mon­trent la nécessité de règles publiques qui doivent s’imposer à toutes les entrepri­ses. Il serait illusoire de croire en la pos­sibilité de changer profondément et durablement l’ordre des choses seule­ment à partir d’un camp retranché, à l’abri des murs de quelques sociétés nationalisées.

Changer les règles de gestion, cela signifie ouvrir celle-ci à l’intervention et au contrôle démocratiques des salariés, des usagers, des populations afin de pro­mouvoir d’autres critères, au sein des entreprises, favorables à la création de richesses, au développement solidaire et coopératif, à l’emploi, la formation, les salaires.

Cela renvoie-t-il à des “ lendemains qui chantent ” ? Pas vraiment. La création d’un pôle public du crédit est aujour­d’hui revendiquée plus largement et peut devenir un objectif de lutte associé à la question des droits nouveaux pour les travailleurs. Ce pôle pourrait rassem­bler la CDC, les Caisses d’épargne, les banques mutualistes, la Banque pos­tale…, s’appuyer sur des fonds publics régionaux et un fonds national afin de contribuer à relancer l’offre de crédit, particulièrement aux PME, en sélection­nant les projets des entreprises en fonc­tion de leur intérêt pour la croissance et l’emploi, de leur efficacité sociale.


Parti Communiste Français

 

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Tag(s) : #Politique
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