À Marseille, jackpot pour l’hôpital privé !
Bouches-du-Rhône,
correspondant régional.
Roselyne Bachelot est particulièrement attendue ce vendredi à Aix-en-Provence. La ministre de la Santé assiste à un colloque sur la psychiatrie dans l’enceinte… du Pasino, un casino du groupe Partouche. Associations (ATTAC, Santé pour tous, Vivent les services publics) et organisations syndicales (CGT, SUD santé, Solidaires 13) ont décidé de lui réserver un comité d’accueil, dès 9 heures, sur le thème : « Des milliards pour les banques, des budgets de misère pour notre santé ». « Le gouvernement veut liquider l’hôpital public pour livrer la santé aux grands groupes financiers », accusent encore les organisateurs, s’appuyant sur les décisions budgétaires prises cette semaine dans le cadre du plan hôpital 2012. À Aix, l’hôpital public qui avait sollicité 40 millions d’euros, a été « oublié », tandis que la maternité, privée et très sélecte, de l’Étoile va encaisser 4,3 millions d’euros, soit 50 % de son investissement total.
Mais c’est surtout la situation à Marseille qui a déclenché la polémique. L’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille) s’est vu attribuer 9 millions d’euros pour sa « modernisation » informatique (en fait, la mise en place d’un logiciel informatique américain imposé par le gouvernement, selon la CGT), mais pas un centime pour ses projets, notamment le pôle parents-enfants de la Timone, ainsi condamné à ne jamais voir le jour.
Jackpot, en revanche, pour l’hôpital Euroméditerranée : 54 millions d’euros, soit la plus grosse enveloppe de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ce nouvel établissement privé, né de la fusion des cliniques Desbief et Ambroise-Paré, sortira de terre en plein périmètre de l’opération Euroméditerranée, à l’ombre de tours de bureaux et de logements de haut standing. Il disposera de 500 lits sur 48 000 mètres carrés. Le nouveau directeur justifie l’ouverture de cet établissement : « Il va permettre de corriger le déséquilibre existant dans les quartiers Nord de Marseille, où vivent 60 % de la population mais où ne sont implantés que 25 % des lits hospitaliers ». Il accentuera surtout le déséquilibre entre lits privés et lits publics (lire encadré) dans la ville la plus pauvre de France.
L’annonce a créé un véritable choc. Jean-Paul Bramanti, secrétaire du syndicat FO (majoritaire), n’en revient pas de cette subvention alors que l’hôpital public, dont un tiers des patients sont insolvables, accuse « 200 millions d’euros minimum » de déficit. Selon lui, la « concurrence (sera) fatale » pour l’hôpital Nord. Pour la CGT, « l’hôpital public, comme tous les services publics de notre pays, est menacé de mort ». « Pour finir le centre de traumatologie à l’hôpital Nord et pour débuter le bâtiment médico-technique à la Timone, il va falloir se débarrasser de notre patrimoine (à hauteur environ de 6 millions par an) », ajoute le syndicat. Guy Moulin, le représentant des médecins de l’Assistance publique, a, lui aussi, exprimé sa stupéfaction : « Je suis scandalisé de voir que l’argent public est mis au service de structures à but lucratif . » Même le nouveau sénateur UMP Bruno Gilles, également maire des
4e et 5e arrondissements de Marseille (la Timone, la Conception), a dû se fendre d’une lettre à Roselyne Bachelot soulignant que sa décision « génère un réel malaise tant médical que syndical » et demandant un soutien « plus appuyé » à l’hôpital public. On verra aujourd’hui ce qu’en pense « sa » ministre.
Christophe Deroubaix
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