La garde des Sceaux sur les braises
Rachida Dati touche les limites d’une méthode qui consiste à contourner les acteurs des professions liées à son ministère pour prendre à témoin l’opinion.
« Mépris », le mot est dans toutes les bouches. En moins de deux ans, des syndicats de la magistrature à ceux de l’administration pénitentiaire, Rachida Dati a réussi à faire converger les mécontentements. Figure de proue d’une ouverture qui va de Kouchner à Laporte, l’élève modèle de la promotion Sarkozy mélange allégrement les genres au point que le président lui-même, pourtant orfèvre en la matière, commence à s’agacer de l’hypermédiatisation de la ministre de la Justice. « On devrait parler un peu plus des réformes et un peu moins de sa grossesse », a-t-il lâché récemment.
Et précisément ce sont bien les réformes (voir ci-dessus), dont l’axe essentiel est répressif, qui causent tous ces tracas à la garde des Sceaux. Mais pas seulement. Les méthodes expéditives héritées de Nicolas Sarkozy, la ministre de la Justice ne les emploie pas uniquement avec les représentants syndicaux. Depuis son arrivée place Vendôme, elle a décroché la palme du turnover, tous cabinets ministériels confondus, chassant de leur poste une bonne douzaine de ses plus proches collaborateurs en moins de dix-huit mois. La droite décomplexée enfante un pur produit de ses dérives médiatico-populistes, qui juge accessoire et dépassé le dialogue social et contre-productif le recours au consensus. Tout doit se régler selon un minutieux plan de communication, pourvu que l’opinion publique approuve. Mais dans la justice comme dans les milieux pénitentiaires la blessure est trop profonde pour qu’un passage réussi au 20 Heures ou un événement personnel heureux puisse cautériser durablement la plaie. Ici les méthodes de Rachida Dati, les réformes injustes qu’elle entend mener à bien sous l’égide attentive et bienveillante de l’hôte de l’Élysée, s’apparentent à un naufrage.
Les confidences savamment distillées par la garde des Sceaux - « Si c’est consolidé, je serai heureuse et j’aurai l’impression d’avoir bouclé la boucle. Sinon, j’en serai très chagrinée, mais je mettrai du rouge à lèvres là-dessus et je porterai ce sac toute seule » - entretiennent volontiers la confusion entre vie publique et vie privée puisqu’en l’espèce ce ne sont pas les réformes en cours qu’évoquaient début septembre, devant les journalistes, la ministre de la Justice, mais sa nouvelle situation de femme enceinte.
Au fond, Nicolas Sarkozy et Rachida Dati partagent en secret un certain mépris pour l’indépendance de la justice. Une instance qui pourrait limiter leur ambition et leur pouvoir les irrite et les effraie.
Frédéric Durand
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