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Politique - Article paru le 18 octobre 2008 dans l'Humanité

Face à la crise

L’Écureuil aussi a croqué les fruits pourris des marchés financiers



Spéculation . Après l’affaire Kerviel à la Société générale, la Caisse d’épargne annonce avoir perdu 600 millions d’euros du fait des risques pris par ses traders.

La Caisse d’épargne a reconnu avoir perdu « de l’ordre de 600 millions d’euros » dans ce qu’elle qualifie d’« incident » sur les marchés actions pendant la semaine du 6 octobre marquée par le krach boursier. Cet « incident » s’est produit au sein de la division dérivés actions, dans le cadre des activités pour compte propre, par opposition aux activités pour le compte de clients, de la Caisse nationale des Caisses d’épargne (CNCE), organe central du groupe mutualiste. L’équipe en charge des dérivés actions, produit financier hautement risqué, n’a « pas respecté » certaines limites en termes de montants investis sur ce marché, en dépit des « instructions » qui lui avaient été données « compte tenu des conditions de marché », a confié à l’AFP une source proche du dossier. La banque a dû « solder cette position » alors que les marchés étaient, début octobre, en pleine tourmente.

La Caisse d’épargne a aussitôt tenté de minimiser les conséquences de l’événement : « Compte tenu de son niveau de fonds propres, plus de 20 milliards d’euros, et, son importante liquidité, cette perte n’affecte pas la solidité financière du groupe et n’a aucune conséquence sur la clientèle », assure-t-elle dans son communiqué. Affirmation reprise par la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, qui annonçait toutefois, hier, avoir « immédiatement demandé à la commission bancaire de diligenter une mission de contrôle sur l’activité de marché des Caisses d’épargne ». La commission bancaire est aussi invitée à « prendre toutes les mesures pour vérifier le respect par les « établissements bancaires des règles de surveillance de marché ».

Alors que le plan de sauvetage annoncé en début de semaine n’avait pas suffi à rétablir la confiance dans les banques françaises, cette affaire va relancer la suspicion sur les risques pris par les établissements financiers sur les marchés les plus spéculatifs, et qui pourraient leur valoir, avec la chute des Bourses, de lourdes pertes. Hier soir Mme Lagarde se déclarait « frustrée et découragée ».

Le 2 octobre dernier, à la suite d’un article du Canard enchaîné affirmant que l’Écureuil était en mal de 6,5 milliards d’euros de capitaux propres, le directeur général du groupe, Nicolas Merindol, avait « catégoriquement démenti » et prétendu que la Caisse d’épargne est « à l’abri de la tourmente qui affecte les marchés financiers ». « Notre niveau de risque est le plus bas de France », claironnait-il… Venant après les graves déboires subis par la banque Natixis, filiale commune de la Caisse d’épargne et des Banques populaires, cet « incident » va semer une légitime inquiétude parmi les petits épargnants en montrant que leur banque préférée, réputée si sage, s’est finalement livrée aux mêmes jeux spéculatifs que les établissements privés. Il pourrait aussi compliquer le projet de mariage du groupe avec les Banques populaires, annoncé il y a quelques jours.

Yves Housson

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Tag(s) : #Economie
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