Face à la crise : « On achète surtout des pâtes et des patates »
Découverts bancaires, santé mise de côté… À soixante et un ans, Jean-Claude Vassault et sa femme ne parviennent plus à joindre les deux bouts. Témoignage.
Si vous cherchez Jean-Claude Vassault et sa femme, du côté de Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne), vous êtes sûr de les trouver chez eux. « Du 1er janvier au 31 décembre, nous restons tout le temps dans notre HLM. » Pas de cinéma, pas de restaurant, pas la moindre sortie. Si ce n’est les courses au supermarché du coin. Le couple les fait une fois par mois, à pied. « Je n’ai pas de voiture ni de mobylette, explique Jean-Claude, juste un vélo. »
Plombier-chauffagiste de profession, Jean-Claude, soixante et un ans, fait aujourd’hui partie de ces millions de retraités qui flirtent avec la grande pauvreté. La faute à des revenus de misère. Chaque mois lui touche 580 euros de la caisse nationale de l’assurance vieillesse et, une fois par trimestre, 362 euros de sa complémentaire. Sa femme, elle aussi à la retraite, ne dépasse pas les 260 euros par mois, plus 500 euros de complémentaire chaque trimestre.
« Même en ne vivant que du strict minimum, nous sommes à découvert systématiquement de 300 euros tous les mois », peste Jean-Claude. Il y a les charges du logement, bien sûr. Mais aussi le remboursement d’un prêt à la consommation de 13 000 euros. Coût mensuel : 332 euros ! « On connaissait le danger de ce type de prêt à des taux très élevés, mais on ne pouvait pas faire autrement, s’excuse presque Jean-Claude. Il fallait changer des appareils électroménagers, rembourser des dettes antérieures, nous payer nos lunettes… On était pris à la gorge. »
Aujourd’hui, il reconnaît vivre « très difficilement ». Pour se nourrir, le couple va parfois aux Restos du coeur et reçoit l’aide du Secours populaire. Sinon, c’est les rayons des grandes surfaces, l’oeil rivé sur les étiquettes. « On achète surtout des pâtes et des patates, exceptionnellement des légumes, quasi jamais de fruits. » Un vrai problème pour Jean-Claude. Asthmatique et diabétique, il n’a plus les moyens financiers de suivre son régime alimentaire.
« L’asthme et le diabète sont pris en charge par la Sécu, précise Jean-Claude qui dort toutes les nuits avec un appareil respiratoire. Mais le transport jusqu’au médecin, comme toutes les autres dépenses médicales courantes, reste à nos frais. » La couverture maladie universelle (CMU) ? Le couple ne peut en bénéficier, dépassant le plafond de… 50 euros. Alors, Jean-Claude improvise. Depuis son enfance, il souffre de problèmes dentaires. Mais chez le dentiste, il n’y va point. « Je me bourre d’antalgiques et je m’arrache les dents moi-même, avec une pince d’électricien. »
Pour s’en sortir, Jean-Claude ne voit qu’une solution : « Une augmentation rapide des revenus, pour ne plus être à la merci du moindre aléa. » L’entourage ? La famille ? Notre retraité refuse de leur demander quoi que ce soit. « J’essaie de ne pas répercuter ce qui nous arrive sur les autres. Après tout, ce n’est pas leur faute, c’est celle du système. »
Laurent Mouloud
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